L’espérance continuera d’éclairer notre chemin !

Lettre de Mgr Jean-Pierre Vuillemin aux catholiques sarthois après l’année jubilaire de 2025 sur le thème de l’Espérance

Chers amis,
À quelques jours de la fin de l’année, je vous adresse cette lettre assortie de mes meilleurs vœux pour l’année nouvelle.

Année jubilaire 

Durant l’année qui vient de s’écouler, de nombreux fidèles, seuls ou en groupes, ont déambulé dans la cathédrale Saint-Julien du Mans, guidés par le livret spécialement conçu pour le Jubilé. Un peu partout dans le diocèse, diverses initiatives ont été prises pour mieux comprendre ce que signifie l’espérance fondée sur la foi chrétienne et nourrie par l’amour de Dieu et du prochain. Je rends grâce également avec vous pour les nombreux et différents pèlerinages à Rome qui ont pu être organisés.

Je garde en mémoire les nombreuses occasions que nous avons eues d’enrichir notre compréhension de l’espérance chrétienne et d’intensifier notre désir de l’accueillir comme un don rayonnant de Dieu.
Je garde en mémoire, parmi beaucoup d’autres échanges, ceux qui ont eu lieu lors d’un rassemblement organisé par le Secours Catholique au cours duquel des personnes en situation de précarité ont pu nous partager ce que le mot « Espérance » évoquait pour elles. Nous avons beaucoup appris de tous ces beaux témoignages. Pour mieux comprendre ce que signifie l’espérance, sans doute nous faut-il sans cesse écouter ceux qui, à vue humaine, n’ont plus aucune raison d’espérer. Ces frères et sœurs nous rappellent que le refus de nous résigner face à de nombreuses situations désespérantes permet justement à l’espérance de prendre corps en nous. Ainsi, l’espérance n’est pas synonyme d’attente passive. Elle est un véritable combat et un puissant moteur pour franchir le pas entre ce qui est possible humainement et ce qui est possible pour Dieu.

Lors d’une de mes visites dans le diocèse, on m’a offert une ancre en bois sur laquelle sont écrits ces mots : « Ancré dans l’Espérance ». L’Espérance donnée par le Christ est comme l’ancre d’un bateau. Lorsque la tempête fait rage, nous ne risquons pas de chavirer. Ce que le Christ nous partage est comme un avant-goût de ce qui doit se réaliser en plénitude dans l’avenir de Dieu.

Espérer la Paix et une société plus fraternelle

En cette fin d’année, comment ne pas évoquer toutes celles et ceux, qui dans notre société et un peu partout dans le monde, subissent les dramatiques conséquences des conflits et des crises de toutes sortes ?  Alors que nous venons de fêter la Nativité
du Prince de la Paix, les paroles de Bartholomée Ier, patriarche orthodoxe de Constantinople, me reviennent à l’esprit. Devant les évêques de France réunis à Lourdes au mois de novembre dernier, il a ouvertement critiqué les thèses défendues par le patriarche orthodoxe de Moscou en ces termes : « En agressant Kyiv, Moscou a engagé, selon ses propres termes, une ‘croisade’ qui ligue les pouvoirs temporel et spirituel dans une guerre injuste, d’une cruauté insensée, et qui précipite malheureusement la Russie, pourtant organiquement si pieuse, dans un abîme d’impiété. Cette nouvelle alliance entre le trône et l’autel est fondamentalement contraire à l’Evangile et à l’orthodoxie. La tragédie des femmes et des enfants ukrainiens qui subissent quotidiennement un déluge de bombes et de missiles est aussi la nôtre ».

La Paix véritable ne commence-t-elle pas lorsque la souffrance de l’autre devient la mienne ? Que notre désir de la Paix puise toujours sa vigueur dans notre accueil de Celui qui vient à nous « désarmé ». L’Espérance qu’Il fait jaillir de nos cœurs ne déçoit jamais. Comment garder l’espérance lorsque nous sommes nous-mêmes confrontés, là où nous vivons, à des situations de blocages et de conflits ; lorsqu’aucune compréhension mutuelle ne semble possible ? Ces situations peuvent aussi se rencontrer dans nos communautés chrétiennes.

Durant mes visites pastorales, je rencontre des hommes et des femmes, croyants ou non, animés par ce désir profond de relever bien des défis pour construire une société plus juste et plus fraternelle. Beaucoup se dévouent au service des nombreux laissés-pour-compte, des blessés de la vie, des plus démunis, des isolés et des jeunes fragilisés. Leur témoignage nourrit mon espérance.

J’encourage vivement la lecture de la première exhortation apostolique du Pape Léon XIV intitulée « Dilexi te » (Je t’ai aimé). Elle est centrée sur l’amour du Christ pour les pauvres et l’appel à vivre concrètement la charité, à soutenir les plus fragiles et à réformer les structures injustes.

Porter un regard d’espérance sur nos territoires

En Sarthe, j’ai déjà parcouru de nombreux territoires situés en dehors de la métropole du Mans. Un peu plus de 400 000 Sarthois y vivent. Ces territoires se caractérisent par des espaces agricoles et forestiers étendus, un patrimoine remarquable et un habitat plutôt dispersé. Nous avons entendu cette année la détresse exprimée par un grand nombre d’agriculteurs sous pression et en souffrance. Ils doivent composer avec les multiples injonctions contradictoires. Entre la compétition mondiale, la souveraineté alimentaire, les nécessaires choix agroécologiques et l’attente d’un revenu plus digne, leurs marges de manœuvre semblent parfois très restreintes. Consommateurs de leurs produits, soucieux de leur avenir, nous apprenons à être des « consomm’acteurs» responsables. Comment, à leurs côtés, osons-nous également porter un regard d’espérance sur ces territoires qui ne sont pas appelés à être des déserts mais des lieux d’opportunités et d’innovations sociales, culturelles, et économiques extraordinaires ? Quelle diversité sur ces terres d’espérance ! Je constate que sur ces terres, les chrétiens contribuent à la recherche du bien commun sous diverses formes. Ensemble, nous avons à y encourager les initiatives qui servent le dialogue entre habitants, le respect des convictions de chacun et la volonté de dépasser les clivages stériles.

Résidant dans « Le Mans Métropole », je mesure chaque jour la portée de tous les grands projets concernant la transition énergétique, la préservation du patrimoine, la mobilité, la culture, l’urbanisme et l’attractivité du territoire. Mon ministère épiscopal me fait rencontrer des habitants de différents quartiers. Je mesure malheureusement combien les inégalités sociales se creusent toujours davantage. Un tel phénomène national, qui touche également notre territoire, peut-il nous laisser indifférents ? L’espérance qui nous anime ne nous pousse-t-elle pas à porter un autre regard sur celles et ceux que notre société déclasse si facilement ? Alors que se profilent devant nous certaines échéances électorales, notre discernement collectif et nos choix en matière de répartition des richesses doivent toujours s’enrichir de la doctrine sociale de l’Eglise. J’entends souvent des professionnels du soin à la personne et de l’aide sociale s’inquiéter de l’évolution du phénomène de grande précarisation d’une partie de plus en plus importante de la population. J’admire les nombreuses structures d’accueil et d’entraide qui ne vivent que grâce au bénévolat de solidarité. Je me réjouis que bien des chrétiens y soient actifs. Ils ont compris que l’espérance chrétienne n’est pas une idée abstraite mais qu’elle devient réelle lorsqu’elle se traduit aussi en actes de charité. Le Pape François, qui nous a quittés cette année, n’a cessé de nous rappeler que nous devenons vraiment pèlerins d’espérance lorsque nous vivons la bonté et la charité comme des signes visibles de cette espérance.

Dans nos paroisses, intensifier nos liens de communion et de coopération

Sur le plan ecclésial, ne manquons pas aussi d’intensifier nos liens fraternels. Pensons également aux liens entre les paroisses, les mouvements et les fraternités locales. Alors que l’on parle de plus en plus de la fragmentation de notre société, que la prière de Jésus à son Père continue de nous interpeller: « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que Tu m’as envoyé » (Jn 17, 21). Chacun des 9 secteurs missionnaires de notre diocèse sarthois cherche à intensifier l’esprit de communion et de coopération qui désormais doit conditionner les grandes décisions pastorales.

Nous avons, dans le même temps, à encourager et à développer les petites fraternités chrétiennes locales à l’échelon des villages ou des quartiers.  Récemment, des fiches hebdomadaires intitulées  « Prions en Sarthe » ont été mises à la disposition de ces fraternités. Elles sont téléchargeables à partir du site internet du diocèse. Ainsi, les chrétiens d’un village ou d’un quartier peuvent se réunir en milieu de semaine, dans leur église, pour prier durant une trentaine de minutes, pour s’entraider et pour échanger des nouvelles, en particulier des personnes malades ou isolées. Ils peuvent également veiller à ce que la « Lettre aux aînés » puisse rejoindre un grand nombre de paroissiens âgés. Il n’y a pas de réelle fraternité sans Père. C’est ensemble que nous devons constamment revenir vers Lui pour Le prier. Le Christ nous montre le chemin qui nous conduit vers Lui et son Esprit nous est donné. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, dit Jésus, je suis là, au milieu d’eux » (Jn 18, 20). Celui qui nous rassemble est le même qui nous envoie annoncer et témoigner de l’Evangile dans le monde. Nos fraternités ne sont jamais des « fraternités de clôture ».

Je vous redis mon enthousiasme à prendre ma part dans l’action commune de tous les prêtres, les diacres, les consacrés et les laïcs qui, d’une manière ou d’une autre, servent la mission de l’Eglise en Sarthe. Je remercie vivement tous les donateurs du Denier de l’Eglise. Sans vos dons, cette mission commune d’annoncer l’Evangile, de former des disciples, de célébrer les sacrements et de servir l’humanité serait impossible.

Un enjeu d’avenir : l’éducation 

Je me réjouis qu’au cours de la dernière assemblée plénière des évêques à Lourdes, les évêques de France aient décidé d’entamer une réflexion de trois années autour du thème de l’éducation. Lors de mes visites pastorales, j’entends très régulièrement des préoccupations et des inquiétudes liées aux questions éducatives. Cela touche bien évidemment en premier lieu les familles, les écoles, les mouvements et les diverses institutions. L’éducation est l’affaire de tous et de toute une vie. Charles Péguy écrivait :
« Une société qui n’éduque pas est une société qui ne s’aime pas, qui ne s’estime pas ». Riche d’une expérience séculaire, l’Eglise souhaite toujours se situer comme partenaire avec les institutions civiles, les collectivités locales et les associations. La tradition chrétienne cherche à conduire (éduquer vient du verbe latin educere : conduire vers l’extérieur) les enfants et les jeunes dans l’épanouissement de leurs aptitudes intellectuelles, corporelles, morales, spirituelles et sociales. Bien évidemment, les évêques associeront à leur réflexion un grand nombre de partenaires dont l’Enseignement catholique auquel les évêques ont récemment exprimé toute leur confiance dans la période difficile qu’il traverse.

Marcher avec le Fils de Dieu qui s’est fait homme

Au début de son pontificat, le 18 mai 2025, notre Pape Léon XIV a prononcé ces paroles : « Nous voulons dire au monde, avec humilité et joie : Regardez le Christ ! Approchez-vous de Lui ! Accueillez sa Parole qui illumine et console ! ». En recevant chaque année les lettres des nouveaux confirmands et des catéchumènes toujours plus nombreux, je rends grâce pour les merveilles que le Christ accomplit dans la vie d’hommes et de femmes. Lui, le Ressuscité d’entre les morts, continue toujours d’attirer à Lui. Beaucoup témoignent qu’en s’approchant du Christ, ils ont trouvé la vraie lumière de leur vie. En ces temps de profondes obscurités, entendons une fois encore Jésus nous dire : « Je suis la lumière du monde » (Jn 8, 12). Notre espérance puise ses racines dans cette certitude que le Christ illumine toutes sortes de ténèbres. Un membre du groupe « Place et parole des pauvres » de notre diocèse déclarait lors d’une réunion : « L’espérance c’est quand il n’y a plus rien sauf Jésus. Il a tellement souffert, alors pourquoi Le mettre à la dernière place ? ». Animés d’une espérance à toute épreuve, nous attendons la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ avec confiance. Il est venu, Il vient et Il viendra. Continuons de prier pour qu’Il ne cesse de se révéler à tous ceux et celles qui ne le connaissent pas encore.

Sa venue ne dépend pas de nous. Et pourtant, comme Jean le Baptiste, nous pouvons préparer les cœurs à L’accueillir. Nous sommes tous appelés à nous engager dans cette extraordinaire mission de faire connaître Jésus autour de nous de manière explicite et courageuse mais aussi de manière discrète et agissante, tel le levain dans la pâte.

Dans cette mission commune, les prêtres ont une place particulière et si nécessaire. Je rends grâce en particulier pour le dévouement des prêtres et leur bel enracinement dans le Christ serviteur. Avec les prêtres qui ont été ouvriers et ceux qui le sont encore, nous nous souvenons qu’il y a 60 ans, en 1965, la possibilité fut donnée à des prêtres de partager la condition ouvrière en rejoignant le monde du travail. Cet événement signifiait qu’il n’y a pas de modèle unique et uniforme de prêtres. Beaucoup de prêtres, dans notre diocèse, ont su se faire proches des petites gens, des personnes militantes et des migrants.  Aujourd’hui, le nombre de prêtres diminue. Ne nous contentons pas de nous en désoler. Là encore, rappelons-nous que l’espérance ne repose pas sur une simple analyse de la situation mais sur ce qui, en nous, brûle du feu de l’Esprit Saint. « Cette espérance ne nous déçoit pas, car Dieu a répandu son amour dans nos cœurs par le Saint-Esprit qu’il nous a donné » (Rm, 5,5). Même vacillante, la flamme de la confiance doit brûler au cœur de chaque chrétien : Dieu n’abandonnera jamais son Eglise. Il en connaît la fragilité et les multiples blessures. Et pourtant, Il ne cesse de l’aimer et de la conduire vers sa sainteté. Vivons de cet amour pour l’Eglise que Dieu nourrit en nous. Durant l’année 2026, nous intensifierons nos efforts pour faire de nos communautés et de nos familles des creusets d’où naissent de nouvelles vocations presbytérales au service de notre diocèse. Seuls les prêtres remplacent les prêtres ! Pour qu’un jeune puisse entendre l’appel que Dieu lui adresse, nos communautés et nos familles sont appelées à préparer le climat où cet appel pourra prendre tout son sens.  L’estime que les chrétiens montreront pour le si beau ministère des prêtres ne peut que favoriser l’éclosion de nouvelles vocations. Ne nous décourageons pas et intensifions notre prière pour toutes les vocations. Je confie tout particulièrement à votre prière les deux Sarthois qui sont entrés cette année en propédeutique dans l’éventuelle perspective d’entrer au séminaire en septembre prochain.

Savoir rendre compte de notre foi : un défi pour notre temps

Alors que nous voyons prospérer des courants spirituels alternatifs (ésotérisme, Nouvel Age et syncrétismes de toutes sortes), nos contemporains doivent pouvoir rencontrer des chrétiens suffisamment formés pour rendre compte de la foi qui les anime. L’espérance chrétienne est fondée sur la foi dont nous sommes les dépositaires afin qu’elle soit transmise à tous. On a souvent pensé l’évolution religieuse des dernières décennies comme la conséquence d’un passage d’un âge religieux, porté par la foi, à un âge de la science, débouchant nécessairement sur un athéisme de masse. Force est de constater que ce sont finalement des formes religieuses indéterminées qui se sont multipliées et qui attirent aujourd’hui une grande partie de la population. Des croyances sans dogmes, sans véritable nom et sans pratiques obligatoires se multiplient et se diffusent subrepticement dans notre société. Ces nouvelles formes de croyances séduisent par leur promesse de bien-être. On estime qu’un tiers des français mettent leur espoir en elles. On en parle en utilisant des termes volontairement vagues, comme « spiritualités », « mystiques », « sagesses », « voies », etc. La seule règle qui semble admise par ceux qui les adoptent est que chacun doit suivre, au gré de ses découvertes piochées dans le grand réservoir des croyances de l’humanité, ce à quoi il aspire personnellement. On ne compte plus les ouvrages de développement personnel qui s’appuient tous sur des croyances aussi diverses que leurs auteurs, sans compter les nombreux professionnels qui, à travers des activités commerciales très diverses et très lucratives, promettent le plein épanouissement personnel. Certains disent maîtriser les « énergies invisibles » en reprenant des enseignements ancestraux secrets imprégnés d’influences cosmiques et de radiations qui proviennent autant du cosmos que de la surface et du centre de la terre. Les anges gardiens, selon ces croyances, pourraient même être considérés comme des êtres de lumière qui habitent des énergies positives. Les nouveaux « guides spirituels » n’invitent plus à prier mais à méditer pour mieux lâcher prise, se libérer des contraintes et des urgences, accueillir ses émotions, observer ses pensées et tendre vers l’unité de soi. Nous constatons que cela produit bien souvent un enfermement sur soi-même, une réduction de Jésus à un avatar ascensionné, l’élimination de la pensée qu’on accuse d’être entravante. Nous ne pouvons que déplorer la multiplication de charlatans et de faux prophètes. Ce phénomène très diffus ne révèle-t-il pas finalement, chez nos contemporains, une quête de sens et d’absolu  ? Cette quête n’est pas nouvelle, elle a traversé les siècles. Elle animait certainement les disciples appelés par Jésus à Le suivre il y a plus de 2000 ans. L’un d’entre eux, l’apôtre Pierre, écrira dans sa deuxième lettre : « Ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur » (2 P 1, 12-21).

Le cœur de l’Homme est un « gouffre infini » que seul Dieu peut combler

Face aux fausses promesses du matérialisme, nous voyons des jeunes, telle cette jeune fille de 20 ans, caractéristique de sa génération qui s’exprime en ces termes : « Sans comprendre pourquoi, à ce moment précis, j’ai ressenti comme une force dans mon cœur (…). J’ai réalisé plus tard que mon cœur cherchait en réalité à connaître Dieu ». Car Dieu seul sait finalement parler au cœur de l’homme. Je ne compte plus les lettres de catéchumènes adultes demandant le baptême qui m’écrivent en me racontant comment Dieu a su leur parler, se communiquer à eux, de manière souvent inattendue.

Comme le dit si bien le Psaume 113, « nos idoles, or et argent, ouvrages de mains humaines, ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas ». Nos créations humaines, même les plus sophistiquées, ne pourront jamais parler au cœur de l’homme. L’intelligence artificielle, dont on a beaucoup parlé en 2025, est un outil fascinant qui nous rend déjà de précieux services. Mais elle ne pourra jamais combler le cœur de l’homme parce qu’elle ne connaît ni la vie, ni la mort, ni l’amour pas plus que le vrai, le bien et le beau. Aucun algorithme ne peut saisir le poids de ce que représentent, pour nous les humains, la confiance, la justice, le pardon, la compassion… On nomme cette intelligence « artificielle » parce qu’en définitive elle ne pense pas. Elle ne fait que manipuler, en quelques fragments de secondes, un nombre impressionnant de données grâce à des calculateurs surpuissants. Mais c’est parce que la puissance qu’elle donne est bien réelle que l’être humain doit demeurer le vaillant protecteur de ce qui ne se calcule pas et que Dieu a déposé en nous.

A Noël, nous accueillons Celui qui, en se faisant homme, nous révèle pleinement qui est Dieu. Dieu n’est pas le fruit de nos élucubrations fantaisistes ou de nos calculs savants. Il se révèle à travers l’épaisseur de notre humanité. J’aime cette parole que la liturgie me fait dire au cours de chaque messe, lorsque je verse une goutte d’eau dans le vin avant la prière eucharistique : « Comme cette eau se mêle au vin, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité ». Quelle belle manière de parler du chemin qui s’ouvre devant nous et que nous n’accomplissons pas seuls, au gré de nos fantaisies et de bricolages spirituels hasardeux ! Les Paroles de Jésus sont des Paroles de Vérité et de Vie car elles orientent nos existences vers le Dieu de la vie. Il est notre source. S’en éloigner, c’est prendre le risque de laisser le péché, et donc la mort, dominer en notre humanité. « Aime Dieu et ton prochain comme toi-même » nous enseigne Jésus. « Qui donc est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme ? ». Cette question, tirée d’un chant liturgique, dit à quel degré d’amour nous sommes aimés par Dieu et quelle est notre capacité de L’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit.

Jésus, parfaite image de son Père 

L’année 2025 s’achève. Elle nous a permis de fêter le 1700ème anniversaire du Concile de Nicée (325) au cours duquel fut rédigé notre Credo par lequel nous professons que Jésus-Christ est « consubstantiel au Père », c’est-à-dire parfaite image de Dieu. « Voir le Christ c’est voir le Père » (Jn 14, 9). Ainsi le Christ n’est pas une copie imparfaite ou une créature intermédiaire mais Dieu Lui-même manifesté dans l’Histoire. Sa Nativité est désormais célébrée par plus de 2 milliards de chrétiens dans le monde. Souhaitons que tous sachent rendre compte de leur foi par leurs actes et leurs paroles. Je terminerai en vous partageant l’extrait d’un texte écrit par Basile de Césarée (Père de l’Eglise, 329-379) intitulé « Sur l’origine de l’homme ». Nous avons médité ce texte lors d’une retraite spirituelle à Pontmain cette année avec des prêtres, des diacres et des laïcs en mission ecclésiale des diocèses du Mans et de Laval : « (…) Il nous est donné d’être nés à l’image de Dieu : par la volonté se forme en nous l’être à la ressemblance de Dieu. (…) Il a permis que nous soyons les artisans de la ressemblance à Dieu, afin que nous revienne la récompense de notre travail, afin que nous ne soyons pas comme ces portraits sortis de la main d’un peintre, des objets inertes, afin que le résultat de notre ressemblance ne tourne pas à la louange d’un autre. En effet, lorsque tu vois le portrait exactement conforme au modèle, tu ne loues pas le portrait, mais tu admires le peintre. Ainsi donc, afin que ce soit moi l’objet d’admiration et non un autre, il m’a laissé le soin de devenir à la ressemblance de Dieu ».

Dans l’accueil permanent d’une telle révélation d’amour, animé avec vous de la joie de Noël, je vous souhaite une bonne année 2026.

Soyez assurés de mon fraternel et religieux dévouement.

Mgr Jean-Pierre Vuillemin
Évêque du Mans