Message de Mgr Vuillemin à l'occasion des élections municipales de mars 2026
À l’occasion des élections municipales, Mgr Vuillemin adresse un message aux catholiques du diocèse du Mans sur l’importance d’exercer son droit de vote.
Dans la démocratie qui est la nôtre, nous avons ce devoir moral et civique de nous rendre devant les urnes pour exprimer notre volonté. Ce geste, ô combien important, contribue à faire entendre notre voix et à soutenir le système démocratique dans lequel nous vivons.
Comparativement à des régimes plus autoritaires, notre démocratie peut paraître bien fragile et exposée à toutes sortes de mouvements et d’incertitudes. Et pourtant, les systèmes réellement démocratiques, malgré leurs inévitables imperfections et lenteurs parfois, montrent qu’ils sont capables de garantir l’intérêt général et la protection des plus fragiles. En démocratie, on fait courageusement le pari que la confrontation des idées et des propositions n’est pas une menace mais une richesse. Une société qui débat est une société qui respire.
La démocratie est un système vivant constitué par des femmes et des hommes libres dans leurs décisions en vue du bien de tous. La liberté est le signe éminent de la confiance que Dieu exprime à l’humanité.
La démocratie est un projet vivant, à la fois riche et fragile. Son moteur est la confrontation des différences, mais une confrontation « civilisée ».
Dans chaque démocratie, l’Église se situe d’avantage comme « autorité spirituelle » plutôt que comme « leader d’opinion ». Elle porte un message qui s’enrichit constamment d’une vision intégrale de l’homme, corps et âme, situé dans sa vocation terrestre et éternelle. Par sa doctrine sociale, accessible à tous, l’Église montre que la vie sociale, économique, culturelle et politique doit toujours être éclairée par des principes éthiques.
Au cœur même de notre démocratie, les chrétiens sont constamment appelés à transformer les conflits en un projet constructif servant le bien commun.
Nous entendons et comprenons les peurs et les angoisses d’un grand nombre de nos compatriotes qui sont parfois les nôtres. Elles sont autant d’alertes qu’il nous faut analyser avec courage et lucidité. Nous regrettons cependant qu’à l’échelon planétaire, un grand nombre de leaders d’opinion instrumentalisent ces peurs et ces angoisses. Ne nous laissons pas submerger par nos peurs, mais cultivons la recherche du dialogue et de la raison. Ne dit-on pas que la peur est une mauvaise conseillère ?
Favorisons ensemble la recherche de la vérité. Elle s’alimente de plusieurs sources d’informations en valorisant celles qui sont les plus fiables. Luttons contre les désinformations de toutes sortes qui sont des ennemis de la démocratie. Soutenons par nos paroles et nos actes la recherche constante d’un débat démocratique respectueux et rationnel, résolument tourné vers la recherche de la vérité. Nous attendons des hommes et des femmes politiques qu’ils donnent l’exemple. Robert Schuman est un bel exemple d’engagement chrétien en politique. Il fut déclaré « vénérable » par l’Église.
Dans nos communes, nous avons également l’exemple de tous ces maires dont le dévouement est très grand. Ils sont les garants d’une démocratie de proximité. Nous leur disons merci ! Le service de la société à travers un engagement politique, quel qu’il soit, donne bien des occasions de vivre l’amour du prochain en actes et en vérité.
En démocratie, faire en sorte que les personnes aient à manger, de quoi se loger, se soigner et se distraire est une priorité mais cela ne suffit pas. Le bonheur n’est pas seulement le bien-être personnel ; il réside aussi dans la pratique d’une activité que l’on sait bonne, juste et utile à tous.
L’engagement politique a pour but de permettre à chacun de vivre une vie authentiquement humaine. Cet engagement se soucie de la vie matérielle, relationnelle mais aussi spirituelle de chaque citoyen. « La personne humaine qui, de par sa nature même, a absolument besoin d’une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions » (Vatican II, Gaudium et spes, 25§1).
Un élu est appelé à prendre des décisions dans l’intérêt commun en se souvenant que l’intérêt commun n’est pas la somme des intérêts particuliers. Il ne décide pas seul mais se donne tous les moyens nécessaires pour parvenir au consensus et à la cohésion sociale. Notre capacité à agir utilement, durablement et paisiblement dépend de cette cohésion. La démocratie est une conquête et une aventure collective.
N’oublions jamais que l’éducation à la démocratie est indispensable. L’Église doit y prendre sa part à travers toutes ses œuvres au service de la jeunesse (catéchèse, enseignement catholique, aumôneries scolaires, mouvements, scoutisme, etc.). La démocratie est le cadre idéal pour éduquer à l’humilité, à la bienveillance et au désintéressement. Elle nous apprend à composer avec les aspirations contradictoires et à privilégier la voie du dialogue et du débat. Cela demande du temps et des efforts mais cela permet aussi d’aller plus loin et de respecter la dignité humaine.
C’est parce que la société dans laquelle nous vivons est un corps dont chacun de nous est l’un des membres que « l’état ne peut se substituer à l’initiative et à la responsabilité des personnes » (Catéchisme de l’Église Catholique n° 1894).
La fragmentation de notre société doit nous inquiéter alors que nous avons à relever ensemble certains grands défis : l’éducation, l’accompagnement de la fin de vie, la transmission de notre histoire et de notre culture, une meilleure répartition des richesses, l’écologie intégrale, le souci de l’étranger, la fraternité, la défense nationale, la maîtrise et la bonne utilisation de l’intelligence artificielle, etc.
Je vous encourage vivement, chers amis, à voter, mais aussi à vous engager au service de tous par amour. « Aie au fond du cœur la racine de l’amour, nous dit saint Augustin : de cette racine, il ne peut sortir que du bon. »
N’attendons pas de nos élus qu’ils soient des hommes et des femmes providentiels desquels adviendra subitement la résolution de tous nos problèmes. N’imaginons pas qu’ils soient omniscients, ni omnipotents.
En cette période électorale, je remercie toutes celles et ceux qui, quelle que soit leur couleur politique, ont le courage de s’engager. Que pour chacun et chacune, la joie de servir par amour et en vérité soit un puissant moteur et une source profonde de satisfaction.
Mgr Jean-Pierre Vuillemin,
évêque du Mans
