Homélie de la messe chrismale 2025

Mardi 15 avril 2025

« L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. » (Isaïe 64, 1)

Cet extrait du livre d’Isaïe, lu par Jésus, à la synagogue de Nazareth, redit combien l’onction revêt une grande importance dans l’Écriture. L’huile a de tout temps fait luire les visages. L’huile est aussi le symbole de la joie. Pénétrante, l’onction d’huile signifie la consécration d’un être appelé par Dieu à être roi, ou prêtre, ou prophète. L’oint par excellence, c’est le Christ Jésus, le Messie, qui est Roi, Grand Prêtre et Prophète. Le Christ est Celui par lequel Dieu inaugure l’alliance nouvelle et définitive avec l’humanité. Par le Christ s’accomplit la promesse de Dieu.

La bonne nouvelle sera portée aux pauvres. La libération sera annoncée aux captifs. La vue sera donnée aux aveugles, et la liberté, donnée aux opprimés. Notre espérance plonge ses racines dans l’accomplissement véritable d’une telle œuvre de salut pour tous en vue du grand rassemblement où Dieu sera tout en tous. Engagés à la suite du Christ, nous sommes nous-mêmes marqués par l’onction d’huile qui fait luire, sur nous et par nous, la joie de la réalisation de la promesse de Dieu. Le saint chrême a illuminé notre tête au jour de notre baptême, tandis que retentissait cette parole : « Désormais, tu fais partie de son peuple, tu es membre du corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète, et de roi. »
Pour nous, fidèles du Christ confirmés, le saint chrême à illuminé notre front, tandis que retentissait cette parole : « Sois marqué de l’Esprit Saint, le don de Dieu. » Pour nous, prêtres, le saint chrême a illuminé nos mains le jour de notre ordination presbytérale. Pour nous évêques, le saint chrême a illuminé nos têtes, le jour de notre ordination épiscopale. Et lorsque l’huile sainte marque le corps d’un malade, chez lui, ou à l’hôpital, ou dans une église, lorsque l’huile sainte marque le corps d’un prisonnier en détention, lorsqu’elle marque le corps d’un catéchumène appelé à naître à la vie nouvelle des enfants de Dieu, c’est toujours l’action pénétrante de Dieu qui se réalise au cœur de notre humanité. Le Christ est Lui-même entré en humanité. Il a côtoyé cette humanité blessée pour lui manifester, à travers ses paroles et ses actes, le salut de Dieu.

Disciples du Christ, revêtus de sa force, mystérieusement donnée par l’onction, nous avons à aimer et à côtoyer cette humanité afin de lui annoncer, par nos paroles et nos actes, l’aujourd’hui du salut en Christ. Nous accomplissons une telle mission selon des modes de présence plus divers et complémentaires. Un grand nombre de conflits dans l’Église proviennent justement d’un manque d’acceptation de la diversité des dons, des charismes et des ministères. Un grand nombre de conflits naissent lorsque nous oublions que le Christ a accompli sa mission dans une parfaite unité de volonté et d’amour avec son Père. C’est dans un seul et même mouvement que le Fils se porte vers le Père, et donne sa vie pour nous. L’amour qui unit le Père et le Fils est donc un amour dépossédé, qui échappe à toute dialectique de domination et d’aliénation. Peut-on penser notre mission, et la mission de l’Église hors de cette communion d’amour ? Non.
Sans cette communion d’amour, le don de nous-mêmes devient faire valoir personnel, épuisement. Sans cette communion d’amour, notre agir missionnaire se réduit à n’être qu’une agitation, certes généreuse, mais peu féconde. Sans cette communion d’amour, nos projets missionnaires risquent fort de s’inscrire dans une juxtaposition d’options ou de moyens qui, insidieusement, nourrissent bien des rivalités et des conflits larvés. Disciples du Christ, nous sommes tenus de croire en l’amour de Dieu pour tous, d’y revenir constamment et d’y demeurer toujours. Là se trouve le véritable secret de la fécondité de l’Église, depuis presque 2000 ans.

La mission de l’Église requièrera toujours de ses membres, clercs et laïcs, de consentir à guérir d’une paralysie intérieure, pour se laisser entraîner dans l’élan de l’amour qui unit le Père et le Fils. La mission de l’Église, pour être réellement foisonnante, précise et féconde, implique un réel questionnement sur la qualité de notre présence à Dieu et aux autres. Le processus synodal, dans lequel l’Église est engagée, nous fait prendre conscience que, le salut à recevoir et à proclamer, passe par les relations. Comme l’affirme le texte final, du synode sur la synodalité : « C’est ensemble que nous vivons le salut et que nous en témoignons. L’histoire nous apparaît tragiquement marquée par les guerres, par les rivalités, pour le pouvoir par mille injustices et abus. Nous savons cependant que l’Esprit a déposé dans le cœur de chaque être le désir de relations authentiques et de liens véritables. La création elle-même  parle d’unité et de partage, de variété et d’imbrication entre les différentes formes de vie.

Tout vient de l’harmonie, et tend vers l’harmonie, même quand on souffre de la blessure dévastatrice du mal. Le sens ultime de la synodalité est le témoignage que l’Église est appelée à rendre à Dieu, Père, et Fils, et Saint-Esprit, harmonie d’amour qui sort d’elle-même pour se donner au monde. En cheminant avec un style synodal, dans l’entrelacement de nos vocations, de nos charismes et de nos ministères, en allant à la rencontre de tous pour porter la joie de l’Évangile, nous pouvons vivre la communion qui sauve, avec Dieu, avec l’humanité entière et avec toute la création. Ainsi, grâce au partage, nous commencerons déjà à expérimenter, le banquet de vie que Dieu offre à tous les peuples. » Fin de citation.
Avec vous, frères et sœurs, je rends grâce pour ce peuple que nous formons, et pour la si belle mission que Dieu confie à chacun de nous. Peuple de prêtres, peuple de rois, assemblée des saints, peuple de Dieu, dans la diversité des charismes et des vocations, chante ton Seigneur !

Amen.

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