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Homélie de Mgr Vuillemin lors de la messe d'action de grâce pour le Pape François

25 avril 2025

Bien sûr, Jésus est bien au centre de cet Évangile que la liturgie en ce vendredi, de l’octave de Pâques nous offre. Mais l’apôtre Pierre est lui aussi au centre de la narration. Oui, l’apôtre Pierre est au centre de ce récit. C’est Pierre qui lance le mouvement de quelques disciples qui sont là pour aller pêcher sur le lac. C’est Pierre qui se jette à l’eau lorsqu’il apprend que c’est Jésus qui les interpelle depuis le rivage. C’est Pierre qui tire les poissons à terre et c’est lui qui sera déclaré pasteur des brebis à la suite de ce récit. Si Pierre est au centre du récit évangélique de ce jour, le pape François, successeur de l’apôtre Pierre, est au centre de l’actualité mondiale en ces jours ci.

Cet universalisme de la renommée du pape dit quelque chose de l’universalisme de l’Église que de la pêche miraculeuse semble préfigurer. Cette multitude de poissons préfigure la multitude de toutes celles et ceux qui sont appelés à renaître à la vie nouvelle. Tous ces poissons pêchés représentent la multitude de celles et ceux qui seront retirés des eaux de la mort pour naître à la vie nouvelle. Ces poissons représentent celles et ceux qui porteront le nom de chrétiens appelés à suivre le Christ ressuscité, Pasteur éternel. Et Jésus, après cette pêche miraculeuse par trois fois, confiera à Pierre la mission d’être lui même le pasteur des brebis.
Successeur de Pierre, le pape François avait été choisi dans sa force et ses faiblesses pour conduire l’Église du Christ. Et nous rendons grâce à Dieu pour la fécondité de son ministère. Comme Pierre, le pape François a donné l’exemple d’un homme donné, un homme vaillant, dans les multiples épreuves, mais aussi dans la maladie. Pasteur des brebis, il a tourné son regard vers les personnes fragiles, et cela déjà comme prêtre, comme évêque. Pasteur des brebis, il a tourné le regard des brebis vers les personnes vulnérables, les petits et les humbles de la Terre. Pasteur des brebis, il a cherché, à changer le regard des brebis sur les personnes qui se sentent exclues, ignorées, jugées ; changer de regard et d’estime pour les brebis égarées. Pasteur des brebis, le pape François a visité de nombreux peuples, exhortant inlassablement les foules à la paix, à la concorde entre les nations, au respect de la création toute entière. Pasteur des brebis, il a invité tous les fidèles du Christ à être disciples missionnaires, pèlerins d’espérance. Pasteurs des brebis, évêque avec les évêques, il a engagé l’Église catholique vers la recherche des pratiques renouvelées de la synodalité. Il a incité les communautés à opter pour des styles plus simples, plus fraternels, plus conviviaux.

Jésus, au bord du rivage, interpelle Pierre et ses compagnons partis pêcher sur le lac de Tibériade : « Avez-vous quelque chose à manger ? » Cette question renvoie à la grande hantise biblique de la nourriture. La nourriture est nécessaire à la vie. Justement, Pierre et ses compagnons n’ont pris aucun poisson cette nuit là. Ils n’ont rien à manger. Cette prise de conscience de ne rien avoir à manger, le pape François rappelait que des millions d’hommes et de femmes l’avaient chaque jour à travers le monde. Il n’a cessé d’exhorter au partage des richesses et à l’instauration d’une justice sociale en accord avec l’enseignement du Christ. Cette prise de conscience d’être sans nourriture s’accompagne chez Pierre et ses compagnons d’un sentiment d’impuissance après avoir pêché toute la nuit sans rien prendre.
Le pape François, conduit par le Christ, n’a t il pas ranimé l’espérance de toutes celles et ceux qui ont le sentiment d’être plongés dans cette nuit au cours de laquelle on ne peut rien faire ? Cette nuit qui est le temps des ténèbres, cette nuit mortelle, cette nuit qui peut être nuit de solitude, cette nuit qui peut être la nuit du tombeau. Le pape François a annoncé constamment un Christ Lumière du monde, qui se dresse sur nos rivages en même temps que se lève le jour. C’est après avoir affirmé par trois fois qu’il aimait Jésus que l’apôtre Pierre, sur le bord du rivage, sera reconnu par Jésus, pasteur de ses brebis, totalement éprouvé dans son amour pour le Christ vrai Pasteur, Pierre a pu devenir pasteur des brebis.

Dieu seul sait comment l’amour du pape François pour Jésus fut éprouvé durant toute sa vie. Néanmoins, tout laisse penser que cet amour était débordant et qu’il était le moteur de son activité évangélique. Combien de fois le Pape a-t’il rappelé que c’est cet amour pour le Christ qui doit être le moteur de notre présence au monde, au point d’être chacun là où il est, disciple joyeux et missionnaire. Sans l’amour du Christ reçu jour après jour, nos efforts, certes généreux, resteront des efforts solitaires dont l’efficacité se révélera bien fragile.
« Avez-vous quelque chose à manger ? » demande Jésus. Non. Sous entendu, nous avons œuvré toute la nuit, mais sans résultat. Lorsque nous laissons le Christ guider, et habiter nos efforts quotidiens, nous n’en percevons pas nécessairement immédiatement les fruits, mais notre foi et notre amour en Lui nous donnent l’assurance qu’ils ne resteront pas sans raison. Les efforts du pape François ne resteront pas sans raison.

Permettez moi de citer un passage de la dernière encyclique du pape François : « Dilexit nos » qui signifie « Il nous a aimés ».
En un sens, écrit François, il faut être missionnaire à la manière des apôtres de Jésus et des premiers disciples. Ils sont allés proclamer l’amour de Dieu. Ils sont allés dire que le Christ est vivant et qu’il vaut la peine de Le connaître. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a vécu cela comme une partie inséparable de son offrande à l’amour miséricordieux. « Je voulais donner à boire à mon bien aimé, et je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes », écrivait sainte Thérèse. Telle est aussi ta mission. Chacun la remplit à sa manière, et tu verras comment tu pourras être missionnaire. Jésus le mérite. Si tu l’ose, Il t’éclairera. Il t’accompagnera et te fortifiera et tu vivras une expérience précieuse qui te fera beaucoup de bien. Peu importe que tu puisses voir les résultats. Laisse cela au Seigneur qui travaille dans le secret des cœurs, mais ne cesse pas de vivre la joie d’essayer de communiquer l’amour du Christ aux autres. Fin de citation.

C’est dans les joies, les épreuves les plus diverses que le pape François a œuvré pour communiquer l’amour du Christ aux autres, à travers ses paroles, mais aussi à travers ses nombreux gestes de grande humilité et de proximité avec les brebis qui lui étaient confiées. C’est dans les joies et les épreuves qu’il fut le pasteur de tous. Nous pouvons deviner l’intensité des épreuves que le pape François a dû porter chaque jour.

Nous prions aujourd’hui pour lui, puisque son pèlerinage sur terre est achevé. Nous prions pour qu’il puisse compter pour toujours la joie du ciel, les mystères de la grâce et de la miséricorde de Dieu. Que Dieu lui pardonne ses fautes, et qu’il ait part au festin du Royaume auprès de Celui qu’il a servi sans relâche, Celui-là même qui, sur le rivage autour du feu, nourrit Pierre et ses compagnons, de pain et de poissons. Amen.

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