Novembre 2020 – Lettre de Mgr Le Saux aux catholiques de la Sarthe

 

Le Mans samedi 28 novembre 2020,

 

Chers frères et sœurs du diocèse du Mans,

Par cette lettre, je désire rejoindre le plus grand nombre d’entre vous.

Il y a des moments où, après avoir essayé d’entendre le plus grand nombre et la diversité des opinions, le pasteur d’un diocèse éprouve le besoin de rappeler l’essentiel afin de servir l’unité de sa famille. Car c’est cela que l’on m’a demandé : garder l’unité de tous ceux qui ont été appelés par Dieu comme disciples-missionnaires.

 

Ce dimanche, alors que notre pays est encore en période de confinement et de lutte contre la pandémie, nous allons pouvoir célébrer l’Eucharistie même si c’est dans des conditions très particulières. En effet, le gouvernement de notre pays autorise les rassemblements dans les lieux cultuels mais avec une jauge de 30 personnes qui ne tient pas compte de la superficie de nos différentes églises. Je le dis clairement : ces conditions gouvernementales sont incompréhensibles et extrêmement difficiles à mettre en œuvre. Voilà pourquoi je soutiens totalement le référé-liberté déposé par la Conférence des évêques de France auprès du Conseil d’Etat ce vendredi 27 novembre 2020. Notre Etat de droit nous permet cette requête et nous avons raison de le faire.

 

En attendant cette décision du Conseil d’Etat et la rencontre de dimanche soir entre le Président de la Conférence des Evêques de France et le Premier Ministre, nos communautés s’organisent pour voir ce qu’il leur est possible de réaliser dans le respect de cette jauge de 30 personnes. Certaines communautés chrétiennes de notre diocèse ne se sentent pas en mesure d’organiser les offices dans ces conditions. D’autres ont trouvé les moyens de multiplier les messes proposées. Je respecte leur choix et vous demande d’en faire autant. Je veux ici remercier les uns et les autres pour le discernement qu’ils ont réalisé en leur âme et conscience. Je souhaite aussi remercier mes frères prêtres et les équipes paroissiales pour ces organisations de dernière minute : de toute manière, cela ne sera viable que dans un temps très court.

 

Frères et soeurs, par-dessus tout, je vous appelle à vivre tout cela dans l’unité et la charité fraternelle. Je ne peux pas imaginer que le sacrement de l’Eucharistie entraine entre nous des divisions : cela serait un contre témoignage entre nous et aussi aux yeux de notre société. : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35).

 

Je vous demande de respecter les consignes qui seront données à la porte de nos églises ce dimanche par nos frères et soeurs qui auront la charge délicate d’appliquer les règles en vigueur. Qui d’entre nous pourrait imaginer communier au Corps du Christ après avoir eu une altercation avec son frère ou sa sœur dans la foi ? Je ne voudrais pas aussi que mes frères prêtres célèbrent la messe dans un contexte de tension : cela serait tellement en contradiction avec le sacrement de l’unité !

 

Mon rôle de pasteur est de voir en quoi nos choix d’aujourd’hui influeront sur notre vie de demain. Des réactions vives sous le coup de la fatigue et de l’émotion ont toujours des répercussions à moyen ou long terme. Cette période que nous traversons laissera déjà de nombreuses blessures économiques et sociales pour lesquelles nous devrons porter secours ; nous ne pouvons imaginer ajouter à cela des fractures dans nos communautés chrétiennes. Plus nous serons unis dans l’épreuve de ces semaines, plus nous serons en mesure de faire briller la charité évangélique demain au cœur de notre société française.

 

Frères et soeurs, en ce premier dimanche de l’Avent, le Seigneur nous invite à veiller, à regarder au loin et avec de la hauteur de vue.

 

Restons unis puisque nous nous savons tous aimés de Dieu et choisis par Lui. Demain, nous aurons besoin de tous pour poursuivre notre mission prophétique au cœur de notre département et de notre pays. Alors, « Les blessés de la vie », comme les appelait Saint Jean-Paul II, pourront s’appuyer sur notre charité fraternelle.

En communion avec vous tous,

+ Yves LE SAUX
Evêque du Mans