Avril 2020 – Méditations pour le Triduum Pascal

Dès aujourd’hui, retrouvez dans cet article un texte ainsi qu’un audio de Mgr Le Saux pour le jeudi saint.

Découvrez prochainement ceux du vendredi saint ainsi que ceux du dimanche de Pâques.

Résurrection du Christ
© Fred de Noyelle – Godong

  Dimanche de Pâques (12 avril 2020)

Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia !

Dans l’Evangile que nous lisons le matin de Pâques, Marie-Madeleine se rend au tombeau alors qu’il fait encore sombre. Le texte précise que c’est le premier jour de la semaine. C’est une référence au premier jour de la Création. Nous sommes le premier jour de la nouvelle Création. Marie-Madeleine est pleine d’amour pour le Seigneur, mais aussi de souffrances et de douleurs. Elle était présente au pied de la croix, elle a vu Jésus mourir. En arrivant au tombeau, elle est surprise. La pierre qui le fermait, a été enlevée. Elle se précipite pour aller chercher Simon Pierre et l’autre disciple. Elle pense que le corps de Jésus a été enlevé. « On a enlevé le Seigneur de mon tombeau et je ne sais pas où on l’a mis » (Jn 20,13).

Pierre et le disciple que Jésus aimait, courent aussi vers le tombeau. Ils y entrent, d’abord Pierre, puis celui qui était arrivé plus vite. Ils constatent que le tombeau est vide, que seuls restent le linceul et le linge qui couvrait la tête. Tout est à sa place sauf le corps de Jésus qui n’est plus là. Le corps a disparu sans que l’on ne touche à rien. Le disciple que Jésus aimait comprend : « Il vit et il crut » (Jn 20,8).

La résurrection du Christ était vraiment inattendue pour les disciples. Ils n’avaient pas compris ce que Jésus leur avait annoncé à propos de sa résurrection. Marie-Madeleine va rester près du tombeau vide. Elle sera la première à rencontrer Jésus ressuscité. Le soir même, il apparaît aux disciples réunis ensemble, ainsi qu’aux deux disciples d’Emmaüs. Il leur apparaît ensuite à plusieurs reprises dans les jours qui vont suivre. Ils sont complètement bouleversés, dépassés par l’événement. Quand ils le rencontrent, c’est vraiment lui et pourtant, cela dépasse leur entendement. Ils vivent une expérience à la fois inconcevable et incontestable. Leur vie en sera radicalement transformée et ils en témoigneront. Si nous sommes chrétiens aujourd’hui, c’est grâce à leur témoignage.

La résurrection de Jésus est un événement historique. On a déposé Jésus mort dans le tombeau et il n’y est plus. Les apôtres et les disciples ont réellement rencontré Jésus ressuscité. C’est d’ailleurs pour cela que rien ne les arrêtera. Il ne s’agit pas d’une manière de dire les choses ou d’un symbole pour nous ouvrir à l’espérance. Il s’agit d’un événement qui a fait basculer l’histoire de l’humanité. Le sens de la vie et de la mort en sont radicalement modifiés.

La résurrection du Christ n’est pas un simple miracle d’un cadavre réanimé. La résurrection est d’un autre ordre, c’est le passage à une vie nouvelle qui n’est plus soumise aux lois de la mort. Il s’agit d’une vie d’un genre nouveau, d’une vie divine. Célébrer la résurrection, ce n’est pas seulement faire mémoire d’un événement passé. Il ne s’agit pas d’un anniversaire. C’est affirmer que Jésus est vivant maintenant au milieu de nous. Nous pouvons le rencontrer, recevoir sa vie et en vivre aujourd’hui et maintenant.

Deux conséquences au moins, jaillissent de la résurrection du Christ. Les chrétiens vivent autrement. Il ne s’agit pas vivre en dehors du monde, mais de vivre autrement dans le monde : « Les chrétiens passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel » (Lettre à Diognète). Notre vocation, c’est d’annoncer la résurrection, d’être témoins de l’espérance dans le monde. Nous savons que nous avons un avenir et une espérance. La porte de l’avenir a été ouverte toute grande.

Bien sûr, tout cela doit venir éclairer l’épreuve mondiale de l’épidémie de coronavirus. Dans son homélie lors de la bénédiction Urbi et Orbi du 27 mars, le Pape François répète, en reprenant le récit de la tempête apaisée : « Pourquoi êtes-vous si craintif ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4,40). « Le Seigneur nous interpelle et au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces temps où tout semble faire naufrage. Le Seigneur se réveille pour réveiller et raviver notre foi pascale. »

Le Christ est ressuscité des morts.

+ Yves Le Saux
Évêque du Mans

Chemin de croix
© Fred de Noyelle – Godong

  Vendredi saint (10 avril 2020)

En ce vendredi saint, nous sommes invités à suivre Jésus, à l’accompagner dans sa Passion. Nous lisons le récit de la Passion selon Saint Jean, nous sommes conduits auprès de Jésus souffrant, invités à contempler la croix, à la vénérer. Que se passe-t-il dans la Passion, dans la mort de Jésus sur la croix ?

Jésus entre dans le mystère de la souffrance par amour. Il entre dans la souffrance humaine, celle à laquelle nous sommes tous confrontés. Vous le savez, la souffrance en elle-même n’a aucun sens. Elle est absurde et intolérable.  Jésus y entre et il s’en sert pour manifester un amour plus grand. Il unit la souffrance à l’amour et en définitif, il en est vainqueur. « La souffrance humaine a atteint son sommet dans la passion du Christ. Et, simultanément, elle a revêtu une dimension complètement nouvelle et est entrée dans un ordre nouveau: elle a été liée à l’amour, à l’amour dont le Christ parlait à Nicodème, à l’amour qui crée le bien, en le tirant même du mal, en le tirant au moyen de la souffrance, de même que le bien suprême de la Rédemption du monde a été tiré de la Croix du Christ et trouve continuellement en elle son point de départ. La Croix du Christ est devenue une source d’où coulent des fleuves d’eau vive. » Saint Jean-Paul II, Salvifici Doloris, n°18)

Dans la Passion, s’opère aussi comme une inversion. Jésus qui est passé au milieu de son peuple, faisant le bien, en rendant la santé aux malades, en faisant miséricorde à tous, est arrêté, mis à mort. Il devient lui-même digne de notre miséricorde et fait appel à notre compassion. Il s’adresse à notre capacité d’aimer comme pour nous arracher à nos égoïsmes et notre orgueil. L’amour de Dieu se manifeste et nous rejoint dans la vulnérabilité. Il le fait en étant lui-même blessé, outragé. Il nous rejoint ainsi dans nos propres blessures, dans nos solitudes les plus profondes et nous sommes guéris dans ses blessures.

Je vous invite à lire le récit de la Passion en ayant en arrière-fond la parabole du bon Samaritain. Cette parabole nous rapporte l’histoire de l’homme blessé, agressé, abandonné sur le bord du chemin. Il est soigné et pris en charge par le Samaritain qui s’est approché de lui. Jésus est à la fois le bon Samaritain, mais aussi l’homme blessé et défiguré. Il est à la fois celui qui souffre et celui qui guérit la souffrance.

Le récit de la Passion dans l’Evangile de Saint Jean se conclut par la description solennelle du côté transpercé. Pour vérifier que Jésus est bien mort, un soldat lui transperce le côté et de ce côté, jaillit du sang et de l’eau. Jean ajoute : « Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Ecriture : Aucun de ses os ne sera brisé. » (Jn 19,36). On peut lire encore dans le livre de Zacharie: «  ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé » (Za 12,10). Le coté transpercé du Christ devient une source jaillissante pour nous donner la vie. Approchons-nous de la croix pour nous désaltérer afin d’en recevoir la vie.

Nous vivons ce vendredi saint dans le confinement pour lutter contre l’épidémie. Cela ne nous empêche pas de méditer sur la Passion, peut-être même qu’elle peut venir éclairer ce temps exceptionnel que nous vivons. Je ne peux que vous inviter à lire le récit de la Passion seul ou en famille, à prendre le temps pour vénérer le Christ en croix, à mettre le crucifix au centre de nos maisons aujourd’hui.

Elargissons notre cœur et notre prière. Le vendredi saint, l’Eglise prie pour tous les hommes, toutes les nations. Prions particulièrement pour tous ceux qui sont morts de l’épidémie, pour leurs proches, pour tous les malades, pour tous ceux qui les soignent avec courage et oubli d’eux-mêmes, pour tous ceux qui souffrent des conséquences de cette situation. Prions que soit mis un terme à cette situation.

Tournons nos yeux vers celui que nous avons crucifié.

+ Yves Le Saux
Évêque du Mans

Jésus lavant les pieds de ses apôtres
© Fred de Noyelle – Godong

  Jeudi saint (9 avril 2020)

Nous entrons dans la célébration du Triduum Pascal, en célébrant la Cène du Seigneur. Nous faisons mémoire du dernier repas de Jésus avec ses disciples avant de rentrer dans son agonie, sa Passion, sa mort sur la croix et sa résurrection. Au cours de ce repas, il institue l’eucharistie et le sacerdoce ministériel : « Faites ceci en mémoire de moi » dit Jésus (1 Co 11,24). Par cette
parole, il fonde ensemble l’eucharistie et le sacerdoce ministériel.

Cette année, nous vivons ces jours saints de manière inédite. Les prêtres vont célébrer sans la présence physique des autres baptisés. Les chrétiens vont vivre ces jours en famille ou seul, mais de manière authentique et forte, en communion les uns avec les autres, en priant pour l’humanité entière.

Chaque Jeudi Saint, nous lisons le récit du lavement des pieds dans l’Evangile de Saint Jean. Jean ne rapporte pas le récit de l’institution de l’eucharistie comme les autres évangélistes, ni comme Saint Paul car ce récit était déjà connu des chrétiens. Il raconte le lavement des pieds qui est comme la clef de lecture pour comprendre toute la vie de Jésus, ainsi que ce qui va se dérouler dans sa Passion, sa mort et ce qui nous est donné dans l’eucharistie.

Jésus se lève de table, dépose son vêtement, s’approche de ses disciples pour leur laver les pieds. Puis, il les invite à faire de même : « Si donc moi, le Seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13,14). Le lavement des pieds signifie l’abaissement du Christ. « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition d’esclave, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2, 5-8). Jésus, qui est Dieu, se met à genoux devant ses frères. En chaque eucharistie, Jésus s’approche ainsi de nous. Se réalise alors l’affirmation de Saint Jean : « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. » (Jn 13,1).

Que se passe-t-il quand Jésus institue l’eucharistie ? Jésus anticipe le sacrifice de la croix et la victoire de la résurrection. L’institution de l’eucharistie montre que la mort violente de Jésus est un acte d’amour suprême pour l’humanité. Quand nous célébrons l’eucharistie, c’est l’extrême d’amour qui nous est rendu accessible en tous temps, en tous lieux. La tradition de l’Eglise désigne l’eucharistie comme le sacrement de l’Amour.

Ainsi l’eucharistie a pour effet de nous faire grandir dans l’Amour « La participation au Corps et au Sang du Christ n’a pas d’autre effet que de nous transformer en ce que nous recevons. » dit le Concile ( Lumen Gentium, n°26). L’eucharistie vient aussi transformer notre relation à nos frères. « L’eucharistie est instituée pour que nous devenions frères, pour que d’étrangers, désespérés,
indifférents les uns aux autres que nous étions, nous devenions unis, égaux et amis. Elle nous est donnée pour que de masse apathique, égoïste, travaillée intérieurement par des dispersions et des hostilités, nous devenions un peuple, un vrai peuple croyant et aimé, peuple d’un seul cœur et d’une seule âme. » (Paul VI, Homélie du 17 juin 1965). Nous sommes invités à vivre en cohérence avec l’eucharistie « Dans la communion eucharistique, sont contenus le fait d’être aimé et d’aimer les autres à son tour. Une Eucharistie qui ne se traduit pas en une pratique concrète de l’amour est en elle-même tronquée. » (Benoît XVI, Dieu est Amour, n°14).

Cette année, nous célébrons ce Jeudi Saint, confinés. Les prêtres vont célébrer sans la présence physique des fidèles. Les fidèles n’ont plus accès de manière immédiate aux sacrements. Souvenons-nous que la grâce de Dieu ne se limite pas aux sacrements. La grâce de Dieu réside dans le don de son amour, dans la rencontre et la relation personnelle au Christ. « Dieu a lié le Salut aux sacrements, mais il n’est pas lui-même lié à ses sacrements. » dit le Catéchisme de l’Eglise catholique (n°1257).

Nous entrons dans la grâce de ce Jeudi Saint autrement, en particulier en intensifiant notre charité concrète.

Prions les uns pour les autres.

+ Yves Le Saux
Évêque du Mans

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