Octobre 2020 – Ordinations diaconales de Gaël et d’Antoine

Gaël et Antoine, vous allez recevoir l’ordination diaconale en vue du presbytérium en ce jour de la fête de Saint François d’Assise. Et en ce dimanche, comme chaque dimanche, nous célébrons la résurrection du Seigneur. Nous avons choisi de prendre la messe en l’honneur de Saint François. Cela n’est pas sans signification pour vous. La providence vous fait entrer dans une relation fraternelle particulière avec Saint François, pas seulement parce que nous pensons que François a lui-même été ordonné diacre, mais parce que la manière dont il a suivi le Christ doit inspirer votre manière de vivre.

Je me suis demandé ce qui caractérisait la vie de Saint François. Je me permets d’en souligner quelques aspects.

En premier lieu, il a simplement pris au sérieux l’Evangile. Il a vécu de manière immédiate la simplicité et la radicalité évangélique sans aucune élaboration compliquée. En particulier, il a suivi le Christ pauvre et s’en est remis à la providence. « Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez […] Regardez les oiseux du ciel : ils ne font ni semailles, ni moisson […] Ne vous faites donc pas tant de souci […] Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. » [1]

L’autre point de basculement dans la vie de Saint François est sa célèbre rencontre avec le lépreux. François le rencontre sur son chemin. Il va dépasser sa répugnance et sa peur pour s’approcher de lui jusqu’à l’embrasser. Il rapporte lui-même cette rencontre et en parle comme une étape décisive de sa conversion : « Voici comment le Seigneur me donna à moi, frère François, la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j’étais encore  dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisait parmi eux, je les soignais de tout mon cœur et au retour, ce qui me semblait si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et le corps.  Ensuite, j’attendis peu et je dis adieu au monde. » François en parlera toujours comme une étape décisive de sa conversion. Il s’est approché des plus souffrants, des exclus de son époque et il va dépasser sa peur.

Quand on pense à François, on pense aussi immédiatement à sa fraternité avec la création, avec le soleil et la lune, avec les oiseux du ciel et les poissons de la mer. Nous connaissons tous plus ou moins le cantique des créatures : « Loué sois-tu (Laudato si) mon Seigneur avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, […] pour sœur Lune et les étoiles, […] pour frère Vent…], pour sœur Eau, […] pour sœur notre mère la Terre. […] Loué sois-tu, mon Seigneur pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies. […] Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. » Je vous invité à aller lire le texte complet. François avait compris bien avant nous que tout est lié : de la beauté de la création à la réconciliation entre les hommes jusqu’à la vulnérabilité de la mort. C’est d’une actualité incroyable. François écrit cette louange à la création à la fin de sa vie lorsqu’il est malade, aveugle et mourant.

Enfin et plus profondément encore, il va se laisser configurer à Jésus et à Jésus crucifié jusqu’à recevoir dans sa chair les marques des plaies du Christ crucifié (les stigmates). Il a tellement voulu ressembler au Christ qu’il lui a été accordé de lui ressembler jusque dans sa passion. Les propos de saint Paul dans la deuxième lecture s’appliquent à lui : « La croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté […] je porte dans mon corps les marques des souffrances de Jésus »[2]. Précision : la croix, ce n’est pas d’abord la souffrance mais l’extrême amour qui mystérieusement intègre la souffrance qui traverse chacune de nos vies. Antoine et Gaël, j’ose vous proposer de vivre votre ministère diaconal à l’école de François d’Assise.

Dans le passage de l’Evangile de Matthieu, Jésus s’émerveille et proclame la louange de Dieu son Père, parce qu’il constate que ce qui est caché aux sages et aux savants, Dieu le réveille aux tout-petits. Pourquoi cette difficulté des sages et des savants pour accueillir le don de Dieu, pour comprendre son amour ?  Il ne s’agit pas de mépris pour la sagesse humaine ou pour la science telle que nous la connaissons aujourd’hui, mais parfois la prétention à tout savoir, à tout maîtriser et à penser que l’on sait, rend difficile l’accès à une dimension plus profonde. Saint Paul dit : la sagesse des hommes est folie pour Dieu  et la sagesse de Dieu est folie pour les hommes. La sagesse de Dieu, c’est qu’il s’est fait petit et vulnérable, petit dans l’enfant de la crèche et vulnérable sur la croix. Pour le rencontrer, il nous faut être petit et ne pas cacher sans cesse notre vulnérabilité, renoncer à la prétention de vouloir tout maîtriser pour nous laisser visiter par l’amour de Dieu.

Jésus invite chacun à venir à lui avec le poids de nos fardeaux pour trouver le repos. C’est une des questions fondamentales de tout homme : où enfin trouver le repos ? (Souvenez-vous des propos de Saint Augustin) « Venez à moi et vous trouverez le repos » [3]

Jésus nous invite à devenir ses disciples, à se mettre à son école, à apprendre de lui, à se mettre à l’école de son cœur doux et humble. Apprendre du Christ la douceur et l’humilité. La douceur, c’est le contraire de la violence, c’est renoncer à la violence. Vous savez aujourd’hui combien la violence est partout présente. La violence physique, la violence verbale sur les réseaux sociaux est terrible, même entre chrétiens. Et pourtant : « Heureux les doux, car ils auront la terre en héritage »[4]. L’humilité, c’est le contraire de l’orgueil. L’orgueil est le drame de l’humanité et parfois aussi de nos vies. Au fond, l’orgueil, c’est prétendre être Dieu à la place de Dieu. Alors que Jésus lui ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu, il s’est anéanti jusqu’à la mort sur la croix, par amour. Nous n’avons pas fini de contempler l’humilité de Dieu. Antoine et Gaël, mettez-vous à l’école de la douceur et l’humilité de Dieu pour en devenir les témoins.

Dans quelques instants, Antoine et Gaël, par l’imposition des mais et la prière de consécration, par l’invocation de l’Esprit-Saint, vous allez être marqués d’un don particulier de l’Esprit-Saint pour exercer le ministère de diacre, premier degré du sacrement de l’ordre. Ce n’est pas une institution ou un envoi en mission, mais un sacrement qui marque notre être-même. On ne fait pas le diacre, on est diacre. Le diacre est présence du Christ serviteur, présence sacramentelle du Christ serviteur pour manifester au milieu de nous et du monde la figure du Christ serviteur.

Vous êtes ordonnés pour le service de la parole de Dieu. Il s’agit de vivre dans la familiarité de la Parole de Dieu, qu’elle pénètre vos cœurs, le fond de vos pensées, de vos sentiments, que vous appreniez aussi à penser comme Dieu, pour pouvoir la proclamer, nous la faire connaître et aimer.

Vous êtes ordonnés pour être serviteurs de la charité, pour manifester la sollicitude du Christ serviteur, en priorité envers les plus fragiles et les plus pauvres, ceux qui souffrent car c’est là le trésor de l’Eglise.

Vous êtes ordonnés pour le service de la liturgie. Il ne s’agit pas uniquement de mettre en œuvre les rubriques liturgiques, mais de servir la liturgie pour éduquer l’assemblée à entrer dans sa véritable nature, en particulier l’eucharistie qui est le lieu de la rencontre de l’amour infini de Dieu et du Christ ressuscité.

Le diacre est intimement lié au Christ serviteur. Pour vivre le diaconat, pour que la grâce de l’ordination se déploie, il faut sans cesse regarder Jésus serviteur. Toute notre vie doit se laisser façonner par cette attitude primordiale du service à la manière du Christ : « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude »[5]

Pour conclure, si Dieu le veut, dans quelques mois, vous serez ordonné prêtre. Je vous rappelle que vous resterez diacre. Vous n’êtes comme nous tous que des serviteurs, pas des maîtres, des serviteurs quelconques  et le serviteur n’est pas au-dessus de son maître, il doit se contenter d’être seulement comme son maître. Jésus doux et humble de cœur, Jésus crucifié.

Yves Le Saux
Evêque du Mans

[1] Evangile selon saint Matthieu 6, 25-33

[2] Epître de Saint Paul aux Galates 6, 14-17

[3] Evangile selon Saint Matthieu 11,28

[4] Evangile selon Saint Matthieu 5, 5

[5] Evangile selon Saint Matthieu 20, 28

 

Chaque semaine, recevez toute l’actualité du diocèse
S'abonner à la web-lettre