Mars 2021 – Messe chrismale

Nous nous retrouverons ensemble pour célébrer la messe chrismale, cela est bon, même si c’est encore dans ces contraintes sanitaires.

Nous venons de vivre une année inédite, confrontés comme tous nos contemporains à l’épidémie de Covid 19 avec ses conséquences qui nous le savons ne sont pas terminées. Nous n’étions pas préparer à cela, il faut le reconnaître. Parfois, nous avons pu le gérer maladroitement. Une année difficile et douloureuse pour beaucoup. Une année difficile aussi dans les relations entre nous, vous le savez, pour moi aussi. Je vous invite à ce qu’au cours de cette eucharistie concélébrée ensemble, nous déposions en toute humilité, droiture et confiance tous les évènements difficiles et douloureux devant le Seigneur dans son infinie miséricorde. Nous nous sommes parfois blessés les uns les autres. Si cela est nécessaire, demandons pardon à Dieu et à nos frères pour la part où nous avons été injustes et excessifs.
Au cours de la célébration de la messe chrismale, les prêtres vont renouveler devant l’évêque que je suis les promesses prises le jour de leur ordination. J’inviterai aussi les diacres à le faire. Vont être bénies et consacrées l’huile des catéchumènes, l’huile des malades, le Saint Chrême, nous rappelant ainsi que rien n’est possible sans la grâce de Dieu, sans l’œuvre de l’Esprit Saint en nos vies.

Dans la grâce de cette célébration, je vous invite à renouveler deux choix fondamentaux.
Renouveler notre attachement au Christ, à Jésus qui a donné sa vie pour chacun de nous, qui nous a aimés jusqu’à l’extrême, qui nous a sauvés et a pardonné toutes nos fautes. Lui qui a dit à ses disciples : « Nul n’a de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs car le serviteur reste dans l’ignorance de ce que fait son Maître, mais je vous appelle amis. » Il a fait de nous ses amis. Il veut nous faire entrer sans cesse dans une plus profonde intimité avec lui et avec son Père. Je pense à la question que Jésus pose à l’apôtre Pierre après la résurrection, mais surtout après son reniement, comme pour guérir son cœur : Pierre, m’aimes-tu ? Il lui pose la seule question nécessaire pour avoir la seule réponse qui peut fonder un appel. Il ne lui demande pas « es-tu capable, es-tu compétent ou est-ce que tu me renieras encore ? ». Il lui demande seulement : « Pierre, m’aimes-tu ? » La réponse de Pierre : « Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime. » J’ai pensé à la célèbre prière du curé d’Ars, que vous connaissez sans doute :
Je vous aime, ô mon Dieu, et mon seul désir est de vous aimer jusqu’au dernier soupir de ma vie.
Je vous aime, ô Dieu infiniment aimable, et j’aime mieux mourir en vous aimant que de vivre un seul instant sans vous aimer.
Je vous aime, ô mon Dieu, et je ne désire le ciel que pour avoir le bonheur de vous aimer parfaitement.
Je vous aime, ô mon Dieu, et je n’appréhende l’enfer que parce qu’on y aura jamais la douce consolation de vous aimer.
Ô mon Dieu, si ma langue ne peut dire à tout moment que je vous aime, du moins je veux que mon cœur vous le répète autant de fois que je respire.
Ah ! Faites-moi la grâce de souffrir en vous aimant, de vous aimer en souffrant, et d’expirer un jour en vous aimant et en sentant que je vous aime.
Et plus j’approche de ma fin, plus je vous conjure d’accroître mon amour et de le perfectionner.
Ainsi soit-il.

Choisir d’être ensemble parce que Dieu nous le demande.
Autour de l’évêque, de l’évêque que je suis, comme successeur des apôtres, l’évêque en vertu de sa consécration épiscopale et par sa communion avec le collège des autres évêques et de sa communion au successeur de Pierre, est principe visible et garant de l’unité de l’Eglise particulière, nous enseigne le Concile Vatican II.
Avec les prêtres collaborateurs de l’évêque et avec les diacres, nous sommes au service du peuple de Dieu et, tous ensemble au service de l’annonce du Salut dans le Christ. Je vous rappelle la formulation du Pape Benoît XVI : « Ce ne sont pas les baptisés qui sont au service de la mission des prêtres, mais les prêtres (l’évêque) qui sont au service de la mission des baptisés ». Dans sa providence, le Seigneur nous a mis ensemble, nous a donné les uns aux autres pour prendre soin les uns des autres et servir ensemble. Nous ne pouvons rien faire de véritablement fécond les uns sans les autres. Prendre soin les uns des autres. Pour nous aider sur ce chemin, dans les quelques mois qui viennent, sera proposé à ceux qui le souhaitent un temps de relecture de notre ministère. Pour ce faire, un document préparé par le chantier « Vie et ministère des prêtres » et le conseil presbytéral vous sera adressé dans les semaines qui viennent.
Le Seigneur nous a choisis et appelés chacun d’entre nous selon des critères qui nous échappent selon sa miséricorde. Ce que dit saint Paul s’applique à chacun de nous baptisé et ministre ordonné : « Ce trésor nous le portons dans des vases d’argile, ainsi on voit que cette puissance extraordinaire appartient à Dieu et ne vient pas de nous. » Et lorsqu’il fait allusion à une écharde dans la chair pour empêcher qu’il se surestime : « Par trois fois j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit » car sa puissance donne toute sa mesure dans mes faiblesses. » Nous ne pouvons rien faire sans la grâce de Dieu. Supplions par l’intercession de tous les saints et saintes du diocèse qui nous ont précédés, de Saint-Julien au Bienheureux Basile Moreau, que sa grâce nous soit accordée.

Nous vivons une période de la vie de l’Eglise à bien des égards difficile et douloureuse. Je pense à la lumière faite sur les abus sexuels et divers abus de pouvoir dans l’Eglise, lumière faite grâce au courage des victimes qui ont parlé. Vous le savez, les évêques de France veulent aller jusqu’au bout de ce travail de vérité, douloureux pour nous tous et salutaires. Cette conversion profonde nous concerne tous. Je vous invite à lire la lettre que les évêques de France viennent de publier adressée à tous les fidèles, ainsi que la lettre adressée aux prêtres et aux diacres. En préambule de cette lettre, il y a une citation du Pape François que je lis : « Seigneur, délivrenous de la tentation de vouloir nous sauver nous-mêmes et sauver notre réputation. Aide-nous à porter solidairement la faute et à rechercher des réponses humbles et concrètes en communion avec le peuple de Dieu. »
Notre monde aussi, vit une période difficile liée à l’épidémie de la Covid 19 qui nous a ramenée à notre vulnérabilité, mais il ne s’agit pas seulement de l’épidémie. Le monde est traversé par l’inquiétude. Beaucoup de nos contemporains sont désorientés par la situation qui les entoure, angoissés face aux défis écologiques, mais aussi face à l’émergence de la violence. Souvenons-nous des attentats d’il y a quelques mois, de la violence entre adolescents. Face à la précarité et à la confusion éthique, face à l’irréel véhiculé par les réseaux sociaux, beaucoup ont peur de l’avenir et sont tentés par la désespérance.
Nous vivons un temps de purification et d’appel à de profondes conversions. Nous vivons un temps d’arrêt qui nous est imposé. Ce temps de remise en cause est douloureux pour beaucoup. Il peut être destructeur, mais il est peut-être aussi une chance, chance pour une conversion personnelle, ecclésiale et sociétale. « Je suis persuadé que nous vivons des temps décisifs », dit le Pape François. Ce temps est une chance, temps où l’Esprit-Saint parle et agit. Le Seigneur nous demande d’oser avancer dans une exigence évangélique plus grande, une simplification aussi. « Nous n’avons pas de réponses toute faites, mais nous sommes confiants que le Seigneur nous ouvrira des portes dont nous ignorons encore l’existence. » (Pape François)

Notre synode diocésain sur la vie de nos communautés paroissiales – les orientations synodales – sont un chemin ouvert sur l’avenir. Ces orientations nécessiteront du temps pour être bien comprises et pour que nous les mettions en œuvre, car il ne s’agit pas d’abord de structures à mettre en place, mais d’une dynamique de conversion pastorale pour que nous devenions ensemble de véritables disciples missionnaires. Elles sont un chemin ouvert par l’action de l’Esprit-Saint. Je vous en rappelle les quatre fondamentaux : une conscience plus vive de notre vocation baptismale, la place fondamentale de la Parole de Dieu, la centralité des plus pauvres et des plus fragiles, la fraternité avec le développement des petites fraternités locales. Notre mission est d’annoncer dans le monde tel qu’il est, l’espérance et la joie du Salut par le rayonnement de la charité. Nous n’avons pas d’identité à défendre, mais à vivre, nous rappelant que le Seigneur est venu pour les malades et les pêcheurs.

Le Pape François a souhaité que cette année soit dédiée à Saint Joseph, patron de l’Eglise universelle. Joseph époux de Marie, père adoptif de Jésus, patron des travailleurs. Il est pour nous prêtres, diacres, baptisés, consacrés, un modèle particulièrement lumineux dans la situation actuelle. « Nous pouvons trouver en Saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discret et caché, un soutien, un guide dans les moments difficiles. Saint Joseph nous rappelle que tous ceux qui apparemment sont cachés jouent un rôle inégalé dans l’histoire du Salut. » Il est un maître de vie intérieur. Joseph est celui à qui Dieu parle. Joseph est capable d’entendre ce que Dieu lui dit, c’est un cœur qui écoute, un cœur qui veille. Joseph est celui qui entre dans la volonté de Dieu. Il est conduit là où il ne pensait pas aller en accueillant Marie son épouse qui porte en elle le fils de Dieu ; mais aussi en se laissant conduire en Egypte, terre d’exil. Joseph est l’homme de la disponibilité. La disponibilité est le critère de sa vie. Il est conduit même là où il ne voulait pas aller. Toute sa vie est une succession de chemins acceptés et reçus de Dieu. Il se place entre les mains de Dieu, se défiant de sa volonté propre. Il est l’homme de la confiance en Dieu. Ultimement, Joseph est celui qui est dépossédé de luimême. Il ne réalise pas son projet propre. Il est conduit au-delà de lui-même.

Enfin, je vous propose un passage particulier comme programme des mois à venir : la parabole du Bon Samaritain. Vous le savez, le Bon Samaritain, c’est Jésus lui-même, Dieu qui s’est approché de l’homme blessé, de l’humanité pour en prendre soin. J’ai été marqué par le commentaire que le Pape François fait de ce passage dans sa lettre Fratelli Tutti. La parabole commence par une allusion aux brigands. Jésus n’oriente pas notre regard vers les brigands. Nous pouvons toujours être tenté d’aller régler leurs comptes aux brigands. La parabole nous fait poser le regard sur ceux qui passent outre, mais là non plus, Jésus ne s’attarde pas sur eux. Nous pouvons être tentés d’accuser ceux qui sont restés indifférents ou ceux dont nous pensons qu’ils n’ont pas fait ce qu’ils auraient dû faire. Toute son attention, toute sa sollicitude est pour l’homme blessé sur le chemin. L’homme blessé, c’est aussi nous. Laissons Jésus, Bon Samaritain, nous soigner. Mais plus radicalement, nous sommes invités à imiter le Christ, à être avec lui figure du Bon Samaritain. Notre centre d’attention, notre cœur doivent être tournés vers les hommes et femmes blessés abandonnés sur le bord du chemin.
Laissons-nous consolés par le Christ. Soyons manifestation de sa tendresse et de sa bonté pour l’humanité.

Yves Le Saux
Evêque du Mans

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