Juin 2021 – Ordinations presbytérales de Gaël et d’Antoine

 Nous entourons de notre prière avec joie, Gaël et Antoine qui vont recevoir l’ordination presbytérale

            Par l’imposition de mes mains et avec moi, de tous les prêtres présents, par la prière de consécration, je vais invoquer sur vous le don de l’Esprit-Saint. Par le sacrement de l’ordre, vous allez être associés au ministère épiscopal, être configurés au Christ prêtre de façon à agir en la personne du Christ, prêtre et pasteur. Il nous faut bien comprendre ce que cela veut dire. A travers le service du prêtre, le Seigneur Jésus, qui est le seul véritable prêtre, le Seigneur Jésus qui est le seul berger du troupeau, continue à exercer au milieu de son peuple, les fonctions qui ne reviennent qu’à lui seul. Il s’agit bien de son peuple à lui, pas le nôtre. « Soit le berger de mon troupeau », dit Jésus à l’apôtre Pierre. Le troupeau appartient à Jésus, pas à Pierre. A travers le service de l’évêque et du prêtre, Jésus bon berger, continue à être présent à son peuple. Lui Jésus, pardonne, console, donne la vie.

            En clair, Antoine et Gaël, le don qui vient marquer votre être vous dépasse totalement. Vous devez vous y livrer avec générosité, mais surtout ne pas le posséder. Vous ne pouvez que l’accueillir humblement. C’est un don de Dieu qui vous est fait, mais pour les autres.

            On ne peut entrer dans le ministère presbytéral qu’humblement et par la porte du service. Ce n’est pas quelque chose que l’on se procure à soi-même. Ce ne peut être qu’une réponse à la volonté de Dieu, à un appel. Il exige que nous sortions de notre volonté propre de l’idée d’autoréalisation et de succès. Il n’est pas question de construire une vie intéressante ou de créer une communauté d’admirateurs ou de partisans, mais d’agir pour le bien d’autrui. C’est cela le véritable sujet d’intérêt. « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » dit Jésus. « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

            Je vous rappelle que le cœur et le moteur de la vie d’un prêtre, c’est la charité pastorale, l’Amour même de Jésus bon pasteur qui doit modeler votre vie. C’est la vertu par laquelle nous imitons le Christ dans le don de nous-mêmes qui manifeste l’amour du Christ pour son troupeau. La charité pastorale doit déterminer votre façon de penser et d’agir, votre mode de relation aux autres. Soyez le pasteur du troupeau de Dieu qui se trouve chez vous. Veillez sur lui non par contrainte, mais de plein gré, selon Dieu, non par cupidité, mais par dévouement, non en commandant comme des maîtres, mais en devenant les modèles du troupeau.

            J’éprouve le besoin de préciser deux points.

            La présence du Christ dans le ministère ordonné doit être bien comprise et pas mal interprétée. Pour cela, je vous cite le catéchisme de l’Eglise catholique : « Cette présence du Christ dans le ministère ne doit pas être comprise comme si celui-ci était prémuni contre toutes les faiblesses humaines, l’esprit de domination, les erreurs, voir les péchés. La force de l’Esprit-Saint ne garantit pas de la même manière tous les actes des ministères. Tandis que dans les sacrements, cette garantie est donnée de sorte que même le péché du ministre ne peut empêcher le fruit de la grâce. Il existe beaucoup d’autres actes où l’empreinte du ministère laisse des traces qui ne sont pas toujours le signe de la fidélité à l’Evangile et qui peuvent nuire par conséquent à la fécondité apostolique de l’Eglise. » Pour le dire autrement, la grâce de l’ordination ne nous préserve pas des limites humaines, des erreurs et du péché. Elle ne nous dispense pas du travail de conversion continuelle, de nous laisser remettre en cause, comme tout disciple qui veut constamment se mettre à l’école du Christ.

            La première exigence du prêtre, c’est de tendre à vivre la sainteté baptismale. La première chose que l’on attend de vous, Antoine et Gaël, c’est que vous soyez de bons chrétiens. C’est avec les bonnes brebis que l’on fait de bons pasteurs. La condition du déploiement de la charité pastorale, c’est d’être immergé dans la charité baptismale. N’oubliez jamais que vous êtes d’abord frères de vos frères et sœurs, missionnaires ensemble. Etre missionnaire n’est pas une prérogative des prêtres. Plus encore et je veux le redire à tous, ce ne sont pas les baptisés qui sont au service de la mission du prêtre ou de l’évêque, les paroissiens qui sont au service  de la mission du curé, mais le contraire : les prêtres, l’évêque sont au service de la mission des baptisés que nous sommes tous. Prions pour que dans la grâce de cette ordination, nous soyons tous renouvelés dans notre conscience baptismale de disciples missionnaires.

            Dans le passage de l’Evangile de Saint Jean, les apôtres  servent d’intermédiaires entre un groupe d’origine grecque et Jésus : « Nous voulons voir Jésus » Cette demande symbolise le désir de tant de personnes qui voudraient voir Jésus, même si elles ne le formulent pas de manière explicite. Cela est vrai encore aujourd’hui. Jésus ne répond pas de manière immédiate. Il répond en faisant référence à sa mort et sa résurrection. Il utilise pour cela une image simple et très parlante, celle du grain de blé tombé en terre : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » Bien sûr, le grain de blé jeté en terre, c’est Jésus lui-même. C’est par la mort et la résurrection que le Salut sera rendu accessible à tous les peuples, tous les hommes. Gaël et Antoine, ces propos de Jésus doivent éclairer votre ministère, mais aussi la vie et la mission des disciples missionnaires que nous sommes.

            Où se joue la véritable fécondité de nos vies données ? Jésus lui-même passe trente ans de sa vie dans une vie cachée. Sa vie publique dure trois ans : une année de succès, une année de controverse et lors de la dernière, il est mis à mort et à travers la Passion, il devient le bon berger en étant la brebis immolée. « Ce n’est qu’à travers sa croix et sa mort que le Christ porte beaucoup de fruits. » (Saint Athanase).

            La méthode de Dieu pour reprendre une expression du Pape Benoît XVI est celle du grain de blé jeté en terre. Je pense à la parabole qui compare la venue du royaume de Dieu au grain de sénevé, la plus petite graine qui donne un arbre qui accueille tous les oiseaux du ciel. Les réalités véritablement fécondes commencent toujours en ce monde par des choses cachées. Dieu lui-même en venant dans le monde s’est plié à cette loi. Jésus commence avec un petit groupe d’hommes, de modestes pêcheurs. Il en est toujours ainsi encore aujourd’hui. Il nous faut sans cesse oser l’humilité du petit grain en laissant Dieu choisir quand et comment il grandira.

            Plus radicalement, Jésus invite ses disciples, vous invite Antoine et Gaël à vous associer à sa mission et à prendre le même chemin que lui. « Qui aime sa vie la perd, qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive, et là où je suis, là aussi, sera mon serviteur, mon père l’honorera. »

            Invités à suivre Jésus, à être là où lui est, être associé au mystère de sa mort et de sa résurrection. Là où est le Christ, là doivent être ses disciples. Où est Jésus ? Il est auprès des pauvres et des malades, des pêcheurs et des publicains, de Zachée et de la Samaritaine. Cela lui est d’ailleurs reproché. Ultimement, il est dans la volonté de son père qui est que tout homme soit sauvé. Devenir prêtre signifie devenir serviteur du Christ, ce qui veut dire ne pas se trouver  dans un lieu à soi, mais être là où Jésus se trouve : « Il les appela pour être avec lui », ce qui signifie être ancré dans le mystère de sa croix et de la résurrection. Etre avec lui, ce qui signifie être inséré dans le mystère de sa croix et de la résurrection. Etre avec lui le grain jeté en terre pour porter du fruit.

            J’ai en mémoire un commentaire de Benoît XVI. Il existe une parole de Jésus qui nous a été transmise par Origène : « Celui qui est près de moi est près du feu » Celui qui ne veut pas être brûlé, reculera d’effroi devant lui. Le oui de qui suit le Christ implique le courage de se laisser brûler  par le feu de sa Passion, qui est en même temps le feu salvifique de l’Esprit Saint. Ce n’est que si nous avons le courage d’être près de ce feu que nous nous laissons enflammer nous-mêmes, que nous pouvons aussi allumer son feu sur la Terre, feu de la vie et de l’Espérance et de l’Amour. »

            Cela est en réalité au-delà de nos seules capacités personnelles, au-delà de notre générosité, ce ne peut qu’être l’œuvre de Dieu en nous. Ce que Dieu attend de nous, c’est notre disponibilité, que nous lui disions « Fais en moi ce que je ne peux réaliser par mes seules forces ». Je vous cite cette magnifique prière de Saint Claude la Colombière : « Sacré Cœur de Jésus, apprenez-moi le parfait oubli de moi-même, puisque c’est la seule voie où l’on peut entrer en vous. Enseignez-moi ce que je dois faire pour parvenir à la pureté de votre amour, duquel vous m’avez donné le désir. Je sens en moi une grande volonté de vous plaire et une grande impuissance d’en venir à bout sans une grande lumière et un secours que je ne puis attendre que de vous. Faites en moi votre volonté Seigneur, je m’y oppose, je le sens bien, mais je voudrais bien, ce me semble en pas m’y opposer. C’est à vous de tout faire, divin cœur de Jésus. »

            Cet appel à demeurer auprès du feu de l’amour de Dieu pour en être constamment brûlé, s’adresse à nous tous, quelle que soit notre situation et nos vocations particulières.

            Pour ceux qui parmi nous ne connaissent pas le Christ, ou de très loin, approchez-vous de lui sans crainte, ou plus exactement laissez-le s’approcher de vous. Je prie pour que vous ayez la joie de sentir combien vous êtes aimés.

            Pour ceux qui parmi nous, et il y en a, portent en eux la question d’un appel à être prêtre ou à la vie consacrée, parfois depuis des années. N’ayez pas peur de lui répondre, n’ayez pas peur de prendre les moyens d’un profond dialogue avec le Christ. « Avancer  : c’est en grandissant dans l’abandon de notre vie en Dieu que Dieu lui-même devient notre joie ». Tous, nous désirons qu’il y ait des prêtres pour le service de la mission dans notre diocèse, d’autres Gaël et Antoine et parfois nous nous inquiétons de savoir s’il y en aura d’autres. Prions avec plus de détermination encore pour que Dieu envoie des ouvriers à sa moisson. Demandons au Seigneur qu’il nous éclaire tous sur les conversions  que nous avons à vivre.

            A tous les fidèles du Christ dans notre diocèse. Je vous invite à vous approprier les orientations synodales. Prions l’Esprit-Saint qu’il fasse grandir en nous notre conscience baptismale, que tous, nous soyons des disciples missionnaires. Que nous nous laissions façonner par la Parole de Dieu. Que nous mettions les plus fragiles et les plus pauvres au centre de nos communautés. Que nous grandissions dans le vrai souci les uns des autres. Je vous demande de créer partout des petites fraternités de vie chrétienne simples et joyeuses. Réjouissons-nous de ce que Dieu fait. Le piège est de ne voir que les problèmes, de ne voir que ce qui ne marche pas comme on voudrait, et parfois de nous le reprocher les uns aux autres. C’est le piège du démon qui nous paralyse. La communauté évangélisatrice est toujours attentive aux fruits parce que le Seigneur la veut féconde. Il prend soin du grain et ne perd pas son temps à cause de l’ivraie. Le semeur quand il voit poindre l’ivraie parmi le grain, n’a pas de réaction plaintive, ni alarmiste. Il prend soin du bon grain. Regardons ce que Dieu fait, il agit dans le monde.

            En ce jour où nous entourons de notre prière Antoine et Gaël, prions les uns pour les autres, que nous soyons renouvelés dans la charité, qu’il nous guérisse des blessures que nous nous sommes parfois faites les uns aux autres. Que chacun de nous, réponde à l’appel du Christ avec humilité et confiance, car à chacun de nous le Seigneur dit aujourd’hui : « Suis-moi ».

+Yves Le Saux
Evêque du Mans

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