2020 – avril – Homélie de la messe chrismale

 

Nous célébrons la messe chrismale cette année dans des conditions inédites, uniques. Nous sommes en communion les uns avec les autres de manière surprenante. Nous prions encore plus intensément les uns pour les autres. Nous venons d’entrer dans la Semaine Sainte. Nous allons célébrer le Triduum pascal sans la présence physique des autres baptisés pour les prêtres et dans nos maisons, seuls ou en famille, pour la majorité d’entre nous. 

Nous sommes tous invités à suivre Jésus dans sa Passion, pour accueillir de manière nouvelle sa victoire sur la mort, puis sa résurrection. J’ai en mémoire les propos de Jésus que nous avons entendus le dimanche des Rameaux dans l’Evangile de Matthieu. Les disciples demandent à Jésus : « Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs pour manger la Pâque ? Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : « Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples. » (1 )

« Chez untel » : son nom n’est pas précisé, cela peut être chacun d’entre nous, dans nos maisons et dans nos vies. Dans ces temps où nous sommes retirés chez nous, laissons le Christ entrer chez nous. Sa parole a une force particulière. 

Nous sommes invités, en cette semaine sainte, à contempler le Christ qui nous a révélé et donné accès à l’Amour infini de Dieu, à sa miséricorde. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout » (2)
Laissons-nous rejoindre au plus profond de notre cœur par la Passion du Seigneur, par son amour. Laissons-nous saisir par cet amour. Pendant le carême, nous avons régulièrement entendu dans la liturgie l’invitation à « déchirer nos cœurs et non pas nos vêtements »3, c’est-à-dire de nous convertir à l’intime de nos cœurs et de manière extérieure. Déchirer nos cœurs, c’est-à-dire nous laisser rejoindre au plus profond de nous-mêmes par l’amour et la miséricorde de Dieu, nous laisser transpercé le cœur comme lui-même a été transpercé. Cette exigence de profondeur et d’intériorité est peut-être encore plus marquée et plus nécessaire alors que l’épidémie du coronavirus a imposé à chacun de nous un temps d’arrêt qui nous oblige à nous mettre devant Dieu en vérité. « La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités fausses et superficielles, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie. » nous dit le Pape lors de la bénédiction Urbi et Orbi du 27 mars dernier. 

Je vous invite particulièrement à contempler la croix du Christ. Nous n’avons pas fini de prendre la mesure de ce qui se passe dans la Passion du Seigneur. La puissance de Dieu se dévoile dans la fragilité, l’humilité, la souffrance. Jésus prend sur lui la fragilité humaine. Il prend sur lui ce qui nous sépare de Dieu. Il nous rejoint dans nos solitudes, nos angoisses les plus profondes. Laissons-nous rejoindre par l’extrême de l’amour de Dieu quelles que soient nos situations. En particulier, le vendredi saint, en cette année où nous allons vénérer le Christ en croix seuls (3) ou en famille. Trouvez un crucifix ou une image du Christ en croix. Mettez-la au centre de votre maison. Vénérez-la comme vous ne l’avez jamais fait. 

Je me permets de reprendre le message très fort que le Pape François a adressé aux jeunes dans sa lettre Christus Vivit. » 

« « Dieu t’aime » Si tu l’as déjà entendu, peu importe. Je veux te le rappeler : Dieu t’aime. N’en doute jamais, quoiqu’il arrive dans ta vie. Tu es aimé infiniment, en toutes circonstances. » (4 )

« Le Christ te sauve ». Le Christ nous a sauvés de nos péchés sur la croix. « Regarde le Christ, accroche-toi à lui, laisse-toi sauver, parce que « ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. » (5) « Regarde les bras ouverts du Christ crucifié, laisse-toi sauver encore et encore. »(6 )

« Il vit ! Il faut le rappeler souvent »(7) « Il pourra être présent dans ta vie, à chaque moment, pour la remplir de lumière […] Il remplit tout de sa présence invisible, où que tu ailles, il t’attendra. Car il n’est pas seulement venu, mais il vient et il continuera à venir chaque jour pour t’inviter à marcher toujours vers un horizon nouveau. »

Voilà, le plus important est dit. 

Chers frères et sœurs, qui êtes en communion avec nous, qui sommes dans la cathédrale par les ondes ou par l’image. Je me permets de vous rappeler un point fondamental : vous n’avez pas accès aux sacrements, mais la grâce de Dieu n’est pas limitée à ses sacrements. La grâce de Dieu réside dans la profusion de son amour. Le catéchisme de l’Eglise catholique dit que « Dieu a lié le salut aux sacrements du baptême, mais il ne s’est pas lié lui-même à ses sacrements. »(9) 

Chers frères, prêtres et diacres, chaque année au cours de la messe chrismale, nous renouvelons l’engagement que nous avons pris le jour de notre ordination. Cette année, nous allons le faire dans ce contexte inédit, « à distance » mais cela n’enlève rien à la force de cette démarche, peut-être même cela la renforce. Alors que nous sommes mis à distance les uns des autres, à distance du peuple qui nous est confié, alors que nos agendas se sont vidés de réunions et de rencontres, je vous invite encore à accueillir ce temps comme un appel de Dieu et un chemin. Nous faisons moins de choses d’une certaine manière. Nous avons à nous rappeler qu’il ne s’agit pas d’abord de faire des choses, de faire le métier de prêtre ou de diacre, mais d’être. Le jour de notre ordination, pour les prêtres, on nous a demandés : « Voulez-vous de jour en jour vous unir davantage au souverain prêtre Jésus-Christ, qui s’est offert pour nous à son Père et avec lui, vous consacrez à Dieu pour le Salut des hommes ? » Une traduction plus précise dit : « devenir avec lui un sacrifice ». Il nous a été demandé si nous acceptions de devenir avec lui, et pas d’abord si nous acceptions de faire ceci ou cela. Il ne s’agit pas de faire ce qui nous est demandé, mais d’être avec lui. Dans ce temps où nous sommes limités dans nos actions, nous pouvons peut-être mieux comprendre ce que c’est, être avec lui. Que le Seigneur nous aide à aller de l’avant, au cœur de l’exigence à son appel à la servir comme un ministre ordonné. Je me permets de reprendre ce que je vous ai écrit dans le message que je vous ai adressé pour la semaine sainte. Je vous cite ce qui est dit du ministère de l’évêque, mais dont je pense qu’il peut être appliqué au ministère de tout prêtre collaborateur de l’évêque. « L’évêque « le prêtre » est 

(4) Pape François, Christus vivit, n°112 (5 )Pape François, Christus vivit, n°119  (6) Pape François, Christus vivit, n°123 (7) Pape François, Christus vivit, n°124  (8) Pape François, Christus vivit, n°125 (9) Catéchisme de l’Eglise catholique, n°1257 

appelé à manifester à travers sa vie et son ministère la paternité de Dieu, la bonté, la sollicitude, la miséricorde, la douceur, et en même temps l’autorité du Christ venu pour donner sa vie et pour faire de tous les hommes une même famille, réconciliée dans l’amour du Père. L’évêque « le prêtre » doit aussi manifester la vitalité éternelle de l’Esprit Saint qui anime l’Eglise et la soutient dans la faiblesse humaine. »10 Si nous sommes honnêtes, aucun de nous ne correspond totalement à cela. C’est même impossible à nos forces et compétences humaines. Cela ne peut être que le don de Dieu, l’œuvre de Dieu en nous. Cela ne peut être que l’œuvre de l’Esprit-Saint que nous devons supplier constamment. Nous le savons, la grâce qui nous a été faite par l’ordination nous dépasse infiniment. Elle n’est en rien ordonnée à nous-mêmes. Elle est orientée au service de nos frères et sœurs. Elle ne nous dispense en rien de la conversion à laquelle tous les disciples du Christ sont appelés. Que ce temps particulier cette année, soit aussi un temps pour nous laisser éclairer sur nos conversions personnelles nécessaires. A travers cette crise sanitaire qui nous frappe tous, un temps d’arrêt nous est imposé à chacun de nous, ainsi qu’à toute la société. Une question nous est ainsi posée sur nos modes de vie, de consommation, sur notre suractivité. Mais, nous sommes aussi renvoyés à notre vulnérabilité, à une forme d’impuissance. Nous voyons aussi surgir de belles choses : la charité concrète de voisinage, on se met à relire la Parole de Dieu en famille. Tout à coup, les services les plus simples retrouvent leur importance. J’ai l’audace de penser que cela vient éclairer les orientations synodales sur les fraternités locales, sur la place fondamentale de la Parole de Dieu, sur la centralité des pauvres et sur le défi de l’écologie. Prions pour que nous ne passions pas à côté ce que Dieu veut nous dire à travers ce temps d’épreuve et de grâce. Tout concourt au bien ce ceux qui aiment Dieu. 

Dans quelques instants, je vais bénir les huiles, huiles des catéchumènes, celle dont on marque les futurs baptisés afin que la force de Dieu leur soit accordée pour le combat de la vie chrétienne ; les catéchumènes, pour qui nous prions particulièrement. Leur baptême, vous le savez, est retardé. Mais, chers frères et sœurs catéchumènes, qui peut-être priez avec nous ce soir, nous ne vous oublions pas. Nous sommes avec vous. Nous attendons avec joie le jour où vous serez baptisés dès que possible. 

L’huile des malades. Avec l’onction de l’huile des malades, nous prions pour que les malades retrouvent la santé et que Dieu soit présent au cœur de leur épreuve, qu’Il les visite et les console. Bien sûr, ce soir, nous prions pour tous les malades, tous ceux qui sont atteints par l’épidémie, tous leurs proches, tous ceux qui les soignent. Nous prions pour tous les personnels de santé et nous les remercions. 

Le Saint Chrême, l’huile parfumée utilisée pour les baptêmes, les confirmations, les ordinations de prêtres. Avec l’onction du Saint Chrême, nous sommes marqués de l’Esprit Saint. Je prie que l’Esprit Saint soit répandu en abondance sur nous tous, dans nos familles, dans nos maisons, nos paroisses ; huile parfumée pour que tous, nous répandions la bonne odeur du Christ. 

Bonne semaine sainte à tous. 

 Yves Le Saux Evêque du Mans 

(1) Mt 26, 17-18

(2() n 13,1

(3) Jl 2,13 

(4) Pape François, Christus vivit, n°112

(5 )Pape François, Christus vivit, n°119  (

6) Pape François, Christus vivit, n°123

(7) Pape François, Christus vivit, n°124  (

8) Pape François, Christus vivit, n°125 (

9) Catéchisme de l’Eglise catholique, n°1257 

10 Directoire pastoral pour le ministère des évêques, Chap 1 paragraphe 1

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