Avril 2022 – Messe chrismale

Nous sommes entrés dans la Semaine Sainte, invités à suivre Jésus dans sa Passion, sa mort et sa résurrection, à suivre Jésus à l’extrême de son amour.

Année après années nous sommes conduits par le Seigneur à entre plus avant dans le mystère de son amour pour l’humanité et nous laisser saisir.
« Qu’Il vous donne la puissance de son esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur. Que par la foi, vous soyez enracinés dans l’amour. Ainsi, vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur, vous connaitrez l’amour du Christ. Alors, vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu » dit saint Paul aux chrétiens d’Ephèse (Ephésiens 3,18).
C’est notre programme.

Tout doit être orienté à l’amour et à la charité. Nos désirs, nos joies, nos peines, nos souffrances, nos pensées, nos paroles, nos organisations, tout doit être orienté à l’amour.
Permettez-moi de vous citer l’introduction du concile de Trente : « Toute la finalité de la doctrine et de l’enseignement doit être placé dans l’amour qui ne finit pas car on peut bien sûr exposé ce que l’on doit croire, espérer ou faire, mais surtout faire apparaître l’amour du Christ afin que chacun comprenne que tout acte de vertu parfaitement chrétien n’a pas d’autre terme que l’amour. » « Si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » dit Saint Paul

Alors que les prêtres et aussi les diacres vont renouveler les engagements pris le jour de leur ordination, prions l’Esprit Saint pour qu’aucun de nous ne s’arrête en chemin, que nous allions plus avant dans la charité du Christ. Tous baptisés, diacres, prêtres, évêques, consacrés dans le célibat pour le royaume, mariés, célibataires, veufs, mères et pères de famille, malades ou bien portants, tous, nous sommes confrontés à la durée, au temps qui passe. Nous pouvons perdre le feu du premier amour, confrontés aux épreuves de la vie : la vie personnelle, la vie du monde, la vie de l’Eglise, la vie familiale. Tous, à un moment donné ou un autre, nous sommes confrontés à des épreuves qui provoquent des crises. Ce sont des chemins par lesquels le Seigneur nous conduit pour aller plus loin ou descendre profondément dans son amour.
A travers les moments douloureux où nous sommes déconcertés car les évènements ne se passent pas comme nous l’avons pensé ou imaginé, quand nous sommes confrontés à des difficultés inattendues, quand nous découvrons nos propres limites et les péchés des autres, quand nous ne sommes pas d’accord, quand le Seigneur nous conduit sur les chemins différents de ce que nous avons envisagé. Tout cela peut nous ébranler.
Dans ces situations, nous pouvons être tentés d’accuser les autres, d’accuser Dieu ou de nous accuser nous-mêmes. Nous pouvons être tentés de nous arrêter et surtout d’oublier l’appel de Dieu et la réponse que nous lui faite.
J’ai en mémoire une magnifique lettre du père René Voillaume (fondateur des petits frères de Jésus, disciple du Bienheureux Charles de Foucauld) sur ce que l’on appelle parfois le second appel : « le risque de la durée est pour nous comme pour toute entreprise humaine, celui d’une certaine usure de l’idéal à poursuivre et de l’effort fourni pour le réaliser. Usure qui nous amènerait à prendre parti pour la médiocrité dans la sainteté. Avec le temps et la maturité de l’âge, vient la tentation d’un compromis entre les exigences surnaturelles de l’amour du Seigneur et celle de notre personnalité d’homme adulte.
Chaque année voit un grand nombre d’entre nous arriver à cette étape décisive de la vie spirituelle, étape où l’on doit une dernière fois faire le choix entre Jésus et le monde, l’héroïcité ou la médiocrité, la croix ou un certain confort, la sainteté ou une honnête fidélité mais sans goût. » Le Pape François dit : « les crises sont des épreuves de purification, elles nous conduisent à la honte de notre arrogance et à la confiance en Dieu. »
Je me permets d’ajouter : elles nous conduisent à l’humilité, à la miséricorde et à la confiance.

Nous vivons une période particulièrement difficile et éprouvante depuis quelques années dans le monde, dans l’Eglise, parfois dans nos familles et nos vies personnelles.
L’épidémie du Covid avec ses conséquences qui ne sont pas terminées : nous avons été ramenés à nos fragilités, à notre vulnérabilité personnelle, familiale, ecclesiale, sociétale. Le petit virus est parfois parvenu à nous diviser.
La lumière faite sur les abus sexuels et les abus de pouvoir dans l’Eglise, nous a éprouvés, souvent ébranlés. Lumière douloureuse, nécessaire, salutaire et cela grâce au courage des victimes. Chemin de purification, de conversion, d’humilité. Chemin commencé mais pas encore achevé.
La guerre à nos portes, entre la Russie et l’Ukraine qui peut nous faire oublier qu’il y a la guerre ailleurs dans le monde. Mais aussi la violence entre groupes, entre personnes (2 homicides d’adolescents au Mans en 15 jours). Violence verbale, tentation de repli sur soi, sur nos petits groupes. Tout cela engendre dans le cœur du beaucoup angoisse, peur, inquiétude sur l’avenir, doutes et peurs.

Comment vivre en chrétien dans ce contexte ? Quelle est notre mission dans ce monde ? Qu’est-ce que Dieu attend de nous ?
En premier lieu, nous ne lassons pas de faire le bien, d’être des acteurs de la fraternité. « Ne nous lassons pas de faire le bien car le moment venu, nous récolterons si nous ne perdons pas courage. Ainsi lorsque nous en avons l’occasion, travaillons au bien de tous. » Saint Paul
En second lieu, soyons témoins de l’espérance. « Ne soyons pas abattus comme les autres qui n’ont pas d’espérance. » Saint Paul. Ce qui caractérise les chrétiens est le fait qu’ils ont un avenir. Ce n’est pas qu’ils sachent dans les détails ce qui les attend, mais ils savent de manière générale que leur vie ne finit pas dans le néant. Nous croyons que la porte de l’avenir a été ouverte toute grande par la Passion, la mort et la résurrection du Christ. Une vie nouvelle est donnée. Chacun de nous, quel que soit ce qui peut nous arriver, nous savons que nous sommes attendus par cet amour.
En troisième lieu, continuons à prier pour le monde, pour la paix. Nous l’avons fait le 25 mars en communion avec le pape François, tous les évêques et les Eglises du monde, par l’intercession de la Vierge Marie. « Quand un pauvre crie, le Seigneur entend. » Nous croyons que Dieu intervient dans l’histoire. Prions avec détermination.
En conséquence n’ayons pas peur de l’état du monde. N’ayons pas peur de tout ce que l’homme peut produire et risque de se retourner contre lui.
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils. Et Jésus sauveur demeure au cœur de l’histoire de l’humanité. La puissance de la croix du Christ et sa résurrection sont toujours plus fortes que tout le mal dont l’homme pourrait et devrait avoir peur. Le Christ tient dans sa main le sort du monde. Il est le seul que nous pouvons sans la moindre réserve croire quand Il dit : « N’ayez pas peur ». Certains pensent qu’il faut défendre Dieu, sauver l’honneur de Dieu. Dieu n’a pas besoin d’être défendu. C’est Lui qui nous défend et nous sauve, pas le contraire. Ce n’est pas nous qui donnons notre vie pour Lui. C’est Lui qui donne sa vie pour nous. C’est la source de notre confiance et de notre joie. Nous sommes invités à la joie, à la joie véritable, à rendre présente la joie dans le monde. Cela peut paraître audacieux ou décalé dans le chaos de notre monde et pourtant, nous portons la joie du monde.
Il y a quelques semaines, l’un d’entre nous, nous a rappelé les propos de saint Siméon Berneux, 4ème évêque de Coréen, martyr, né à Château-du-Loir, prêtre du diocèse du Mans. Au fond de son cachot où il attendait le martyre, il chantait un chant qui est parvenu jusqu’à nous : « Vive la joie quand même, vive la joie toujours. » La joie du Seigneur est votre rempart (Ne 8,10) Saint Paul appelait les serviteurs de l’Evangile « serviteurs de votre joie » serviteurs de la joie des autres.

Nous allons bénir les huiles : l’huile des malades, l’huile des catéchumènes et le Saint Chrême. En invoquant la bénédiction de Dieu, prions pour le monde, pour l’ensemble du peuple de Dieu. Prions pour les uns pour les autres.
Que le Seigneur répande sur nous sa grâce, que sa tendresse et sa consolation guérissent nos cœurs, que sa force vienne nous rendre forts, que sa charité brûle nos cœurs. L’huile des malades nous rappelle que tous, nous avons besoin d’être guéris et visités dans nos souffrances pour qu’elles deviennent fécondes.
L’huile des catéchumènes nous rappelle que nous sommes engagés dans un combat contre le démon qui est menteur, diviseur et bouffi d’orgueil.
Le Saint Chrême dont nous avons été marqués le jour de notre baptême et de notre confirmation, le jour de notre ordination pour les prêtres,  nous rappelle que nous ne pouvons rien faire sans l’Esprit Saint et qu’il nous faut l’invoquer sans cesse.

Dans quelques semaines va être canonisé le Bienheureux Charles de Foucauld, lui qui meurt seul au fond d’un désert, assassiné par des bandits, qui n’a jamais vu le fruit de son apostolat et pourtant, quelle fécondité après sa mort.
Quitte à ne pas être original, j’éprouve le besoin de relire sa célèbre prière d’abandon qui je l’ai compris récemment, n’est pas la prière de Charles, mais celle de Jésus au moment de sa Passion. Charles a été identifié à Jésus. Nous-mêmes, laissons-nous identifiés à Jésus.

Mon Père, je m’abandonne à toi,

Fais de moi ce que tu voudras.
Quoique vous fassiez de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout. J’accepte tout,
pourvu que ta volonté se fasse
En moi, en toute créature ;

Je ne désire rien d’autre, mon Dieu.
Je remets mon âme entre tes mains,
Je vous la donne mon Dieu,
Avec tout l’amour de mon cœur,
Parce que je t’aime,
Et que c’est un besoin d’amour de me donner,

De me remettre entre tes mains, sans mesure, avec une infinie confiance

+Yves Le Saux,
évêque du Mans

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